Devant l'œuvre
La machine volante la plus ambitieuse de Léonard est ici suspendue dans toute son envergure de 12 mètres. C'est un ornithoptère — une machine dont les ailes battent à la manière des oiseaux. Léonard avait étudié pendant des années le vol des oiseaux et des chauves-souris, disséquant leurs ailes, dessinant l'angle de chaque plume, mesurant la surface portante par rapport au poids du corps. Sa conclusion : si les oiseaux peuvent voler, c'est parce qu'ils obéissent à des lois mathématiques. Et ces lois peuvent être reproduites mécaniquement par l'homme.
Symbolisme & lecture iconographique
Le vol humain est dans toutes les mythologies le symbole de la transgression des limites naturelles — Icare, Dédale, les anges, les démons. Léonard voulait que l'homme vole non par transgression mais par compréhension : lire les lois de la nature et s'y conformer si bien qu'on peut les reproduire. C'est l'esprit scientifique de la Renaissance incarné en bois et en lin.
Analyse des émotions
Lever les yeux vers cette machine de 12 mètres suspendue dans la halle et imaginer Léonard sur une colline toscan, attaché à une telle machine, essayant de voler — c'est l'image de la foi humaine dans ses propres capacités poussée jusqu'à l'absurde magnifique. L'échec sublime.
Secrets & mystères
L'ornithoptère de Léonard ne pouvait pas voler — les muscles humains ne peuvent pas produire la puissance nécessaire pour actionner de telles ailes. Mais Léonard le savait peut-être. Ses derniers carnets sur le vol abandonnent l'ornithoptère pour des études sur le planeur — des machines aux ailes fixes qui utilisent les courants d'air plutôt que la puissance musculaire. C'est cette direction (le planeur, puis l'avion) qui fut finalement la bonne. Otto Lilienthal (1894) et les frères Wright (1903) n'étaient pas loin de Léonard dans leur logique.
Le saviez-vous ?
Léonard nota dans son carnet qu'il ferait le premier vol depuis la colline de Ceceri, près de Fiesole, au-dessus de Florence. Il précisa que l'événement 'remplira l'univers de stupeur, et toutes les chroniques seront pleines de sa gloire.' Ce vol n'eut jamais lieu. Ou peut-être qu'il eut lieu et échoua — aucun document ne le confirme ni ne l'infirme.
Sources
Le sculpteur

Léonard de Vinci
1452-1519
Artiste / Savant / Ingénieur
À l'automne 1516, âgé de soixante-quatre ans, Léonard franchit les Alpes à dos de mulet avec son disciple Francesco Melzi et son serviteur milanais Battista de Villanis. François Iᵉʳ, qui l'a rencontré près de Bologne et que fascine le vieux maître, l'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui le Clos Lucé, à un jet de pierre du château royal d'Amboise. Il lui accorde un titre inédit, « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », et une rente que les écrits situent autour de sept cents écus d'or par an: une fortune, pour une charge qui n'exige presque rien sinon la présence et la conversation. Car le roi ne veut pas des tableaux de Léonard, il veut Léonard. L'Italien apporte dans ses coffres trois panneaux qu'il ne cédera jamais et qui, par lui, deviennent français: une Joconde, une sainte Anne, un saint Jean-Baptiste, socle lointain des collections du Louvre. À Amboise, sa main droite se paralyse peu à peu; il peint peu, mais il pense sans relâche. Il remplit ses carnets de projets pour le roi: l'assèchement de la Sologne et un vaste canal reliant la Loire à la Saône, un palais neuf et une ville idéale à Romorantin, jamais bâtis mais rêvés jusqu'au moindre escalier. Il règle les fêtes de cour, met en scène le lion mécanique qui s'ouvre sur un parterre de lys, dessine des décors et des machines de spectacle. Son ombre plane aussi sur le grand chantier ouvert non loin: l'escalier à double révolution de Chambord, ces deux vis qui montent sans se croiser, porte une signature toute léonardesque, mais aucun document ne prouve sa participation et l'attribution reste débattue. La nuance est là, dans cette dernière saison: la France ne reçut pas le peintre à son apogée mais un vieil homme diminué, plus précieux comme oracle que comme exécutant, dont l'héritage tient moins à une œuvre nouvelle qu'à trois tableaux emportés et à une aura offerte à un royaume.
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