La Renaissance, ville par ville
Leeuwarden à la Renaissance
Leeuwarden a une tour qui penche, un tribunal du roi et un palais de stadhouder — trois bâtiments qui résument la Frise entre 1529 et 1621 : une province qui commence sous l'Espagne et finit dans la République, avec sa propre cour de Nassau. La Renaissance y est dense, taillée dans le grès, et se parcourt en une boucle. Voici l'ordre des pas.
La Kanselarij, le tribunal du roi
Commencez au Turfmarkt devant la Chancellerie de Frise (1566-1571), le plus beau témoin de la Renaissance civile des provinces du Nord. Elle fut bâtie pour le Hof van Friesland, la cour de justice, à la veille de la Révolte : la monarchie de Philippe II affichait sa loi jusqu'aux marges frisonnes. Levez les yeux vers le pignon à redents : neuf statues le gravissent, et tout en haut trône la Providence divine, sous laquelle s'ordonnent les vertus du bon gouvernement. En 1621, la Frise désormais dans la République, on ajouta le perron aux armes de la province et à quatre lions de pierre — un par quartier : Oostergo, Westergo, Zevenwouden et les onze villes. À l'intérieur, l'escalier de chêne date encore du chantier. Cette maison de la loi royale est le monument même de Viglius van Aytta, né en 1507 à Swichum, à un jet de pierre d'ici : le juriste frison qu'Érasme admit dans son cercle, président du Conseil privé et chancelier de la Toison d'or — le Néerlandais du Nord monté le plus haut dans l'État des Habsbourg.
Nieuwestad et Hofplein : la Waag et la Cour du Stadhouder
Sur le Nieuwestad, la Waag (1596-1598) est un bloc trapu de brique rythmé de grès, coiffé d'un toit en pavillon galbé. La Frise vivait du beurre et du fromage : chaque motte, chaque meule passait ici sur la balance publique, sous l'œil de jaugeurs assermentés, avant de partir par les canaux vers la Hollande. Le bâtiment servit sans interruption jusqu'en 1880. Sur le Hofplein, la Cour du Stadhouder se lit en archéologue : deux maisons de patriciens — le Rolkemahuis, vers 1564, à pignons à redents, lions et armoiries sculptés, et le Dekamahuis, réuni en 1603 — devenues la résidence des stadhouders de Nassau-Dietz, la branche frisonne dont descend la maison royale actuelle. Une restauration de 1880-1881 a rabaissé la toiture et enduit la brique ; l'implantation et quelques sculptures disent encore le centre du pouvoir en Frise.
L'Oldehove et le Fries Museum
Le 28 mai 1529, le magistrat lança le chantier d'une tour plus haute que toutes ses rivales et le confia à Jacob van Aaken. À dix mètres, la maçonnerie s'enfonçait déjà dans la tourbe ; on corrigea, on s'entêta, puis en 1533 tout s'arrêta. L'Oldehove est une tour de brique de près de 39 mètres, inclinée de presque deux mètres, qui amorce une courbe comme si le sommet cherchait l'aplomb perdu ; l'église qui la jouxtait fut démolie en 1595, et la tour resta seule sur son tertre. Regardez le fruit depuis le sud-ouest. Puis entrez au Fries Museum : c'est le grand conservatoire du portrait frison — la plus grande collection au monde d'Adriaen van Cronenburg, aux figures sobres et intenses, et les effigies grandeur nature de Wybrand de Geest, dont le stadhouder Ernst Casimir et son épouse Sophia Hedwig, ancêtres de la dynastie régnante.
À côté : Franeker, Bolsward, Jelsum
À Franeker, ville universitaire dès 1585, l'Hôtel de ville (première pierre le 24 juin 1591, achevé 1594) dresse un double pignon à redents et une tour octogonale à lanterne ; au sommet veille la Justice, glaive et balance en main, et vingt-sept blasons courent le long des fenêtres. À l'intérieur, la salle du conseil et la salle des mariages sont tendues de cuirs peints. Dans la Voorstraat, le Martenahuis (vers 1498-1506) est le stins — château urbain frison — du chef Hessel van Martena ; il conserve le plus ancien cabinet Renaissance connu aux Pays-Bas. À Bolsward, l'Hôtel de ville (1614-1617) est le manifeste du maniérisme frison : colonnes superposées, guirlandes, mascarons et un clocher de bois, dessinés par Jacob Gysberts, bourgmestre et menuisier, père du poète Gysbert Japicx. À Jelsum enfin, la Dekemastate (corps de logis 1538, agrandi en 1633) montre, entre douves et jardin clos, comment une maison forte devint résidence de plaisance.
Avant de partir
Le récit de l'aire — la liberté frisonne, les Nassau-Dietz, Groningue la savante — est sur la page de l'aire : Frise & Groningue, la Renaissance du Nord obstiné. Pour lire la Waag et les hôtels de ville : Hôtels de ville et poids publics. Pour comprendre une province qui se gouverne : La Renaissance sans roi. Les villes voisines : Groningue, Hoorn — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
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