La Renaissance, ville par ville
Hoorn à la Renaissance
Hoorn fut une capitale maritime avant de s'endormir, et c'est pour cela qu'elle a tout gardé : entre 1530 et 1635, le port du Zuiderzee se donne une tour, une porte, un hospice sculpté, un poids public en pierre et un logis pour sept villes. Tout tient à pied, de la Roode Steen au vieux port. Voici l'ordre des pas.
La Roode Steen, le point d'équilibre
Tenez-vous au milieu de la Roode Steen, la place du marché au fromage, et faites un tour sur vous-même. La Balance (1609) est en pierre de taille claire, seule au milieu des maisons de brique : ce vêtement minéral est l'œuvre de Hendrick de Keyser, l'architecte qui donnera ses églises à Amsterdam. Ici, il ne bâtit pas un temple mais la machine de confiance du négoce — jusqu'à trois millions de kilos de fromage y passaient chaque année sur les plateaux. En face, le Westfries Museum occupe l'ancien Statencollege (1632), dont la façade porte les armoiries des villes de la région ; il conserve les grands portraits de milice de Jan Albertsz Rotius et le portrait de Jan Pieterszoon Coen, né à Hoorn en 1587, fondateur de Batavia et responsable du massacre de Banda — la figure la plus disputée de la VOC.
Deux façades de pouvoir
Dans la Nieuwstraat, le Statenlogement (1613) lève vers le ciel un double pignon à redents souligné de grès. Il logeait les conseils délégués du Noorderkwartier, et sa façade est une carte politique : les sept blasons d'Alkmaar, Hoorn, Enkhuizen, Edam, Monnickendam, Medemblik et Purmerend — sept villes marchandes qui partageaient le pouvoir sous ce toit. Sur le Kerkplein, le Sint-Jans Gasthuis (1563), ancien hospice, est plus ancien et plus surprenant : six modillons portent des figures grandeur nature, greffées sur une paroi où la pierre déborde. Le sculpteur a transposé les gravures de Cornelis Floris d'Anvers — une Renaissance arrivée par le livre avant de se figer dans le mur.
Le port : tour, maisons, porte
Suivez le quai jusqu'à l'entrée du vieux port. La Hoofdtoren (1532) y monte la garde, brique mêlée de pierre de Gobertange ; elle perdit sa fonction militaire dès 1614, et son lanternon de 1651 copie le clocher de la Zuiderkerk d'Amsterdam. Sur la Slapershaven, lisez de gauche à droite les pierres de façade des Bossuhuizen : une bande dessinée sculptée qui raconte la bataille du Zuiderzee d'octobre 1573, où les West-Frisons capturèrent l'amiral Bossu — figurés en hommes d'Israël combattant Amalek. Puis l'Oosterpoort (1578), seule survivante des cinq portes de la ville, se donne le mieux depuis la berge, doublée par son reflet ; Joost Jansz. Bilhamer y a mêlé un décor italianisant à la robustesse défensive, et un logis fut posé dessus en 1601. Tout près, l'Oosterkerk garde un chœur de 1519 et une façade à pignon de 1616 dans la manière de De Keyser, née de l'effondrement de l'ancienne église le 13 avril 1613.
À côté : Enkhuizen
Plus à l'est sur la même côte, Enkhuizen fut la rivale de Hoorn et le siège d'une autre chambre de la VOC. Sa Balance (1557-1559) est l'un des rares édifices de la première Renaissance conservés dans le nord : cinq statues sur la corniche — Justice, Espérance, Foi, Charité, Force — définissent la morale du négoce honnête. Le Drommedaris (1540), tour ronde à la gorge du port, tenait la chaîne qui fermait le chenal ; ses deux étages supérieurs datent de 1649-1658. Sur le Wierdijk, le Peperhuis (1625) était un entrepôt de la VOC bâti pour l'armateur Pieter van Beresteyn : le poivre d'Asie stocké au bord d'une mer intérieure, dans un magasin qui a l'ampleur d'un palais.
Avant de partir
Le récit de l'aire — les chambres de la VOC, la révolte des ports, la Beemster — est sur la page de l'aire : La Hollande-Septentrionale, l'empire du Zuiderzee. Pour comprendre la Balance et le Statenlogement : Hôtels de ville et poids publics. Pour la bataille de 1573 : La Révolte et la naissance de la République. Les villes voisines : Amsterdam, Haarlem — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
