Au bout du pays, deux provinces fières et frondeuses se donnèrent leur propre Renaissance — frisonne, savante et têtue. Le Nord — la Frise et Groningue — n'a jamais aimé qu'on lui dicte sa loi. Longtemps régie par la « liberté frisonne », la Frise devint sous la République le fief d'une branche cadette des Orange, les Nassau-Dietz, stadhouders héréditaires qui tinrent cour à Leeuwarden. Cette capitale se dota d'un remarquable ensemble civique : la Kanselarij (chancellerie, 1566), la Waag, le Stadhouderlijk Hof, sous la tour penchée de l'Oldehove. La Frise eut même sa propre université, à Franeker (1585), longtemps rivale de Leyde. Les petites villes frisonnes — Bolsward, Franeker, Dokkum, Sneek — rivalisèrent d'hôtels de ville sculptés, où le style Renaissance prend un accent local, dense et ornemental. À l'est, Groningue, ville marchande et universitaire, garde le Goudkantoor et la salle des États de son Provinciehuis.
La cour de Leeuwarden
Capitale de la Frise, Leeuwarden fut le siège des stadhouders de Nassau-Dietz. La Kanselarij (1566), somptueuse chancellerie de justice, est le manifeste de la Renaissance frisonne ; le Stadhouderlijk Hof en fut le palais.
Les hôtels de ville frisons
Bolsward, Franeker, Dokkum : chacune de ces petites villes se donna un stadhuis Renaissance d'une richesse étonnante, à l'ornement dense, comme pour prouver qu'au bout du pays, la fierté civique ne le cédait à personne.
Groningue la savante
Ville-État marchande, Groningue eut son université (1614) et affiche encore sa Renaissance dans le Goudkantoor et la Statenzaal de son Provinciehuis — le Nord commerçant et lettré. La Frise et Groningue prouvent que la Renaissance néerlandaise fut plurielle : loin de la Hollande, un Nord obstiné inventa sa propre grammaire de pierre, savante et fière.
Figures
- les Nassau-Dietz (stadhouders de Frise)
- l'université de Franeker
Repères
- 1566 Kanselarij de Leeuwarden
- 1585 université de Franeker
- 1614 université de Groningue
- 1635 Goudkantoor de Groningue

