
Contributions & œuvres
Pierre Regnault, dit Sandrin, est le maître d'une chanson française plus intime, plus tendre, tournée vers l'émotion contenue. Né vers 1490 sans doute à Saint-Marcel près de Paris, enfant de chœur à la cour de France dès 1506, chantre de Louise de Savoie en 1517, il entre dans la chapelle royale vers 1539 et s'impose, aux côtés de Claudin de Sermisy, comme l'un des compositeurs de chansons les plus admirés de son temps. Son audace n'est pas dans le bruit mais dans la retenue : il cisèle une chanson de cour où chaque note épouse le sentiment du vers. Son chef-d'œuvre, Doulce mémoire, devint l'une des pièces les plus diffusées de tout le XVIe siècle européen, copiée, arrangée pour luth, pour orgue, transformée en messe-parodie, déclinée en d'innombrables versions à travers le continent. Cette seule chanson, mélancolie souriante sur le souvenir d'un amour heureux, a fait le tour de l'Europe et donné son nom, des siècles plus tard, à des ensembles entiers de musique ancienne. Sandrin quitte la France au début des années 1550 pour l'Italie, et devient maître de chapelle des Este à Sienne en 1554, signe du prestige international des musiciens français. Son catalogue, environ cinquante chansons et un madrigal, tous publiés entre 1538 et 1557, est mince mais d'une qualité constante. Sa part d'ombre tient à cette rareté : peu prolifique, il reste l'homme d'une œuvre unique et écrasante, et sa vie tardive en Italie demeure mal documentée. Vivre dans l'ombre portée de Doulce mémoire fut sa gloire autant que sa limite. « Doulce mémoire » fut à ce point célèbre qu'elle engendra une nuée d'arrangements, de messes-parodies et de pièces instrumentales dans toute l'Europe : une chanson unique devenue la matière première de tout un siècle. @@AVERIFIER
Anecdote mémorable
La tradition attribue le texte de Doulce mémoire à François Ier lui-même, ce qui reste discuté. Ce qui est sûr, c'est le destin extraordinaire de la pièce : à peine publiée, elle fut reprise partout, servant de thème à des messes, à des variations instrumentales, à des réponses poétiques comme Fini le bien. Peu de compositeurs peuvent se vanter d'avoir écrit une mélodie devenue à ce point patrimoine commun de l'Europe musicale. @@AVERIFIER l'attribution du texte à François Ier.
Influences reçues
Claudin de Sermisy ; chanson parisienne ; école franco-flamande
Influences exercées
chanson de cour ; messes-parodies sur Doulce mémoire ; madrigal italien
Importance historique
On s'attache à Sandrin parce qu'il a écrit l'une de ces mélodies qui semblent avoir toujours existé. Doulce mémoire est à la chanson Renaissance ce qu'un standard est au répertoire : une évidence, un point de ralliement. Sa douceur nostalgique, sa manière de faire chanter le regret sans jamais s'appesantir, touchent encore immédiatement l'auditeur d'aujourd'hui. Sandrin prouve qu'une seule chanson parfaite peut valoir une œuvre entière.
Le courant : l’École franco-flamande
