
Contributions & œuvres
Nicolas Gombert est le maître d'une polyphonie qui ne respire jamais. Né vers 1495 dans le comté de Flandre, il entre au service de l'empereur Charles Quint dont il suit la chapelle itinérante à travers l'Europe, avant d'en devenir en 1529 le maître des enfants de chœur. C'est là qu'il forge sa signature : une écriture à quatre, cinq ou six voix d'une densité continue, où les entrées se chevauchent sans jamais s'interrompre, où le tissu sonore ne laisse aucun silence, aucune césure claire. Là où Josquin, dont on le tient traditionnellement pour un héritier proche, cherchait la clarté du mot, Gombert cherche la profondeur du son : un flux ininterrompu, grave, dense, taillé pour l'écho des grandes églises. Son motet Media vita in morte sumus est l'un des sommets de cet art de la saturation expressive ; ses messes, ses Magnificat et ses quelque cent soixante motets diffusés dans toute l'Europe imprimée en font l'un des compositeurs les plus influents entre Josquin et Palestrina. Il reprend même le célèbre Mille regretz de Josquin pour le retisser à sa manière. Mais l'homme porte une ombre lourde : vers 1540, magister puerorum, il est condamné pour des faits d'attentat à la pudeur commis sur l'un des jeunes chanteurs confiés à sa garde, et envoyé ramer aux galères. La faute, attestée par les sources anciennes, brise net sa carrière de cour. Ce condamné continua pourtant de composer, et sa musique de maturité, plus sombre encore, semble creuser toujours plus profond le silence qu'elle refuse.
Anecdote mémorable
La tradition musicologique rapporte que Gombert, condamné aux galères pour son agression sur un jeune chanteur, aurait obtenu sa grâce grâce à la musique elle-même : il aurait composé pendant sa peine une série de motets d'une telle beauté — les fameux « chants du cygne » — qu'il les fit parvenir à l'empereur Charles Quint, lequel, touché, lui aurait rendu la liberté. Le récit, séduisant, tient plus de la légende édifiante que du fait établi et doit être présenté comme tel. @@AVERIFIER
Influences reçues
Josquin des Prez ; école franco-flamande ; Pierre de La Rue
Influences exercées
Thomas Crecquillon ; Clemens non Papa ; Palestrina ; génération polyphonique de la fin du XVIe siècle
Importance historique
Gombert compte parce qu'il a poussé la polyphonie flamande à son point de plus grande densité : écouter sa musique, c'est entrer dans une matière sonore continue, presque physique, qui enveloppe l'auditeur au lieu de lui parler. Il incarne le maillon décisif entre la génération de Josquin et celle de Palestrina, et son destin brisé donne à son œuvre une gravité qui la rend étrangement moderne. On s'attache à lui pour cette tension : la splendeur impériale d'un côté, la chute et la honte de l'autre, réconciliées dans une même beauté sombre.
Le courant : l’École franco-flamande
Œuvres (12)
- ›Ave Maria · c.1500–1560
- ›In illo tempore loquente Jesu · c.1500–1560
- ›Magnificat primi toni · c.1450–1560
- ›Media vita in morte sumus · c.1500–1560
- ›Media vita in morte sumus · c.1450–1560
- ›Mille regretz · c.1450–1560
- ›Missa Tempore paschali · c.1500–1560
- ›Musae Jovis · c.1450–1560
- ›O malheureuse journée · c.1500–1560
- ›Quam pulchra es · c.1450–1560
- ›Salve Regina · c.1500–1560
- ›Triste départ · c.1450–1560
