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Palais des Archevêques de Narbonne (Logis du Roi) — architecture civile à Narbonne (11), monument historique (Classé MH)

Monument

Palais des Archevêques de Narbonne (Logis du Roi)

XIIIe-XVIe s. — Logis du Roi Renaissance v. 1550-1575·Architecture civile·Narbonne (11)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Narbonne conservait au XVIe siècle la mémoire d'avoir été la première province romaine fondée hors d'Italie (Narbonensis, 118 av. J.-C.) — une fierté ancienne que les humanistes locaux aimaient rappeler. L'archevêque qui fit construire le Logis du Roi en style Renaissance voulait peut-être réactiver cette mémoire antique dans les murs de son palais — une architecture qui répondait à Rome par Rome, qui citait l'Antiquité dans une ville qui avait connu l'Antiquité en direct.

Histoire

Le Palais des Archevêques de Narbonne est l'un des ensembles monumentaux les plus complexes du Languedoc — un assemblage de bâtiments construits du XIIIe au XVIIIe siècle autour de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur, dont seul le chœur fut achevé. Dans cet ensemble, le 'Logis du Roi' — construit vers 1550-1575 lors du remaniement de l'aile nord par l'archevêque Nicolas Doyneau — présente une galerie Renaissance à colonnes ioniques qui est l'une des pièces architecturales les plus élégantes du palais. Narbonne, ancienne capitale de la Narbonnaise romaine, avait conservé à travers le Moyen Âge une importance institutionnelle réelle — son archevêché était l'un des plus puissants de la province ecclésiastique de Narbonne. Les archevêques humanistes du XVIe siècle firent aménager leurs appartements dans un style Renaissance directement influencé par les modèles romains et florentins.

À voir

Récit incarné

Narbonne, Aude. La ville entre Perpignan et Montpellier, sur le Canal de la Robine (antique bras de l'Aude). Ses arènes romaines disparues, son palais des archevêques encore debout, son canal qui traverse la ville.

Le Palais des Archevêques est un labyrinthe de siècles. On entre dans la cour par un portail médiéval, on traverse une salle gothique, on monte un escalier du XVIe siècle, on débouche dans la galerie Renaissance du Logis du Roi. Les colonnes ioniques de cette galerie — fûts lisses, chapiteaux à volutes — ouvrent sur le cloître et sur la cathédrale inachevée.

La cathédrale Saint-Just de Narbonne est un monument de l'ambition impossible. Son chœur est le plus haut de France — 41 mètres sous voûte. Mais on n'en construisit que le chœur — la nef fut abandonnée au XIVe siècle quand les consuls de la ville refusèrent de laisser démolir leurs remparts pour permettre l'extension du chantier. Le palais épiscopal Renaissance contemplait, depuis ses galeries, cette cathédrale inachevée — un chef-d'œuvre incomplet.

Lecture architecturale

Le Logis du Roi (v.1550-1575) présente une galerie à colonnes ioniques libres portant des arcades en plein cintre. Les colonnes sont en calcaire narbonnais — un calcaire blond à grain moyen. La galerie donne sur le cloître gothique voisin — le dialogue des styles est particulièrement lisible ici.

Symboles à observer

1. Les colonnes ioniques libres : des colonnes rondes, pas des pilastres. Elles portent vraiment les arcades.

2. Le dialogue gothique-Renaissance : depuis la galerie Renaissance, regardez le cloître gothique voisin. Deux styles dans le même champ de vision.

3. La cathédrale inachevée : depuis la galerie, la cathédrale Saint-Just avec son unique chœur — sans nef, sans transept. Un chef-d'œuvre arrêté.

4. Les collections du musée : le palais abrite un musée archéologique (antiquités romaines de Narbonne), un musée d'art et le Musée Lapidaire. Les vestiges de la ville romaine dans les salles médiévales et Renaissance.

Anecdote mémorable

En 1355, le Prince Noir (Édouard de Woodstock, fils du roi d'Angleterre Édouard III) traversa Narbonne lors d'une chevauchée dévastatrice en Languedoc. Il brûla les faubourgs mais épargna la ville — peut-être parce que ses remparts étaient trop solides pour un siège rapide. Le palais des archevêques survécut. L'année suivante, à Poitiers, le même Prince Noir captura Jean II de France. La guerre de Cent Ans dans toute sa violence — dont le palais de Narbonne fut l'un des témoins.

Contexte historique dense

Narbonne au XVIe siècle avait perdu de son importance médiévale — son port s'était ensablé au XIVe siècle, coupant la ville de la Méditerranée. Mais son archevêché restait l'une des plus grandes institutions ecclésiastiques du Languedoc. Les archevêques humanistes du XVIe siècle y entretenaient une cour lettrée et construisaient dans un style Renaissance qui visait à rivaliser avec les grandes résidences épiscopales françaises.

Échos artistiques

Musique : In principio erat verbum de Nicolas Gombert (v.1540) — le compositeur franco-flamand de la cour impériale, dont les motets résonnaient dans les cathédrales du Languedoc. Peinture : le trésor de la cathédrale de Narbonne — les objets liturgiques médiévaux conservés dans le palais. Architecture : le Palais de la Berbie (Albi, 81) — le château épiscopal languedocien par excellence.

Pour aller plus loin

  • Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne — le chœur gothique le plus haut de France.
  • Canal de la Robine (Narbonne) — le canal médiéval classé UNESCO avec le Canal du Midi.
  • Abbaye de Fontfroide (11, 15 km) — l'abbaye cistercienne dans la garrigue narbonnaise.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Nesciens mater
Jean Mouton · c.1500–1520

Palais des Archevêques de Narbonne (Logis du Roi Renaissance v.1550-1575) : Mouton compose pour les grandes institutions ecclésiastiques de la monarchie française. Son Nesciens mater, hymne marial de haute volée, convient à la résidence des archevêques de Narbonne, l'une des plus anciennes métropoles de Gaule.

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