
Contributions & œuvres
Loys Bourgeois (né à Paris vers 1510) est l'homme qui a donné leurs mélodies au Psautier de Genève — c'est-à-dire au recueil de chants qui allait accompagner des millions de protestants francophones pendant des siècles. Après avoir publié quelques chansons profanes, il rejoint Genève, où il est mentionné comme chantre à partir de 1545. Ami de Calvin, chargé par les éditeurs d'adapter et de composer les airs sur lesquels se chanteraient les psaumes traduits par Marot puis Bèze, il façonne des mélodies syllabiques (une note par syllabe), simples, carrées, mémorisables par une assemblée entière — une esthétique du dépouillement voulue par la Réforme, à rebours de la polyphonie ornée. Son audace paradoxale est là : dans un cadre qui interdit la virtuosité, il crée des airs d'une force telle que beaucoup sont encore chantés aujourd'hui, dont le célèbre timbre du psaume 134, connu dans le monde anglophone sous le nom d'Old Hundredth. Théoricien, il publie à Genève Le Droict Chemin de musique (1550), traité qui réforme la façon de nommer et d'apprendre les notes et reste une source précieuse sur le rythme du chant de son temps. La nuance vient de sa liberté d'artiste, mal tolérée. En 1551, Bourgeois est brièvement emprisonné à Genève pour avoir modifié de son propre chef des mélodies du psautier sans autorisation : il fallut l'intervention de Calvin pour le faire libérer. Peu après, il quitta Genève ; la fin de sa vie est mal documentée, et l'homme qui avait donné une voix à toute une confession s'efface dans l'ombre. On lui attribue la mélodie du « Vieux Centième » (Old Hundredth), l'un des airs de psaume les plus chantés du monde protestant, du Genève de Calvin jusqu'aux églises anglo-saxonnes. @@AVERIFIER (attribution de la mélodie)
Anecdote mémorable
En décembre 1551, le Conseil de Genève fit jeter Bourgeois en prison : il avait osé retoucher les mélodies des psaumes sans permission, semant le trouble chez les fidèles habitués aux anciens airs. Calvin en personne intervint pour obtenir sa libération. L'épisode dit tout de la place de la musique dans la cité réformée : un air de psaume n'était pas affaire de goût personnel, mais bien commun que nul, pas même son auteur, ne pouvait changer seul. @@AVERIFIER : détails de l'emprisonnement de 1551.
Influences reçues
Guillaume Franc et la première tradition du chant genevois ; chanson parisienne ; monodie liturgique
Influences exercées
Psautier de Genève ; Claude Goudimel ; Claude Le Jeune ; hymnodie protestante mondiale (Old Hundredth)
Importance historique
Bourgeois compte parce que ses mélodies sont devenues, littéralement, la voix priante du protestantisme francophone — et bien au-delà : l'air du psaume 134 (Old Hundredth) est chanté dans les Églises du monde entier. On s'attache à lui pour cette réussite discrète : sans jamais rechercher l'effet, il a composé des airs si justes qu'ils ont traversé cinq siècles et franchi les frontières linguistiques, portés par la seule ferveur des assemblées.
