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Illustre

Federico da Montefeltro

Duc d'Urbin, bâtisseur du Palais ducal et protecteur de Piero della Francesca

1422-1482·Mécène et bibliophile·Urbin (Marches)·politique · mécénat · art de la guerre

Contributions & œuvres

Voici l'homme qui a inventé une manière d'être prince : le chef de guerre qui rentre de campagne pour se retirer dans une pièce tapissée de bois. Federico da Montefeltro fut l'un des condottieres les mieux payés de la péninsule, monnayant son épée à Milan, à Naples, à Florence, au pape — et il versa cet argent dans une cour humaniste devenue modèle. Son grand œuvre reste le Palais ducal d'Urbin, dont il confie le chantier à l'architecte dalmate Luciano Laurana : une résidence-forteresse ouverte, pensée comme un manifeste de mesure et de lumière. Au cœur du palais, son studiolo, cabinet minuscule entièrement couvert de marqueteries en trompe-l'œil (instruments, livres, portes entrouvertes), condense son idéal d'homme d'armes et de lettres. Bibliophile passionné, il réunit une bibliothèque de manuscrits que l'on disait rivale de celle du Vatican, et il aurait refusé de laisser entrer un livre imprimé dans ses collections @@AVERIFIER (la fidélité exclusive au manuscrit lui est régulièrement prêtée). Mécène exigeant, il attire à Urbin Piero della Francesca — auteur du célèbre double portrait de profil (Uffizi) et de la Pala di Brera — ainsi que le Flamand Juste de Gand et l'Espagnol Pedro Berruguete. Sous lui, Urbin devient un foyer où se croisent peinture italienne et savoir-faire nordique, art de la guerre et culture antique.

Anecdote mémorable

Sur tous ses portraits, Federico se montre de profil gauche, jamais de droite. La raison est un accident : lors d'un tournoi, un coup lui fait perdre l'œil droit et emporte l'arête du nez. Piero della Francesca en tire un parti génial dans le portrait des Uffizi — ce profil au nez cassé, busqué et taillé en escalier, devient l'image la plus reconnaissable du prince. La tradition veut qu'il ait aussi fait entailler l'arête restante pour élargir son champ de vision du côté aveugle @@AVERIFIER. La blessure, loin d'être cachée, est assumée comme une signature.

Influences reçues

Humanisme de cour italien ; culture antique et idéal du prince lettré ; peinture de Piero della Francesca ; art flamand transmis par Juste de Gand et Berruguete ; architecture de Luciano Laurana

Influences exercées

Baldassare Castiglione et le modèle du courtisan d'Urbin ; Raphaël, né à Urbin peu après ; le studiolo comme genre ; le modèle du prince mécène ; l'école d'Urbin

Importance historique

Federico da Montefeltro incarne mieux que quiconque la figure de la Renaissance italienne où l'épée et le livre ne s'opposent pas. Petit État sans grandes ressources, Urbin devint sous lui l'une des cours les plus raffinées d'Europe, matrice du Courtisan de Castiglione et terreau du jeune Raphaël. Son Palais ducal et son studiolo restent des références de l'architecture et du décor humanistes, et son portrait par Piero della Francesca compte parmi les images les plus célèbres du Quattrocento. Il a prouvé qu'un prince pouvait bâtir sa gloire autant sur les manuscrits que sur les batailles.

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