HitsMap
Les Prophètes du Campanile (Profeti del Campanile)

✦ Sculpture ✦

Les Prophètes du Campanile (Profeti del Campanile)

Donatello et autres

1415-1436·Marbre·Museo dell'Opera del Duomo · Firenze

Devant l'œuvre

Arrêtez-vous devant le Zuccone : ce crâne nu, ces joues creusées, cette bouche entrouverte — Donatello n'a pas sculpté un saint, mais un homme, presque un miséreux inspiré. Notez comme le corps est un peu disproportionné : c'est voulu, car la statue devait être vue d'en bas, à vingt mètres de hauteur, dans sa niche. Passez aux autres prophètes et comparez : chacun a son caractère, sa fatigue, sa colère. Souvenez-vous que ce que vous voyez ici, au musée, est l'original ; sur le campanile, dehors, ce sont des copies qui vous attendent.

Éléments remarquables

Une série de statues de marbre grandeur nature, conçues pour les niches du Campanile de Giotto et aujourd'hui alignées dans une galerie du musée. Ce sont des prophètes de l'Ancien Testament, debout, drapés, chacun avec sa physionomie propre. Les plus célèbres sont de Donatello : l'Abacuc, dit « lo Zuccone » (« le grand chauve »/« la courge »), au crâne nu et au visage creusé, presque hâve ; et le Jérémie, sombre et tendu. Loin des saints idéalisés, ce sont des hommes usés, maigres, au regard dur — des portraits d'êtres réels plus que des icônes. Vus d'en bas, dans la niche, les corps étaient volontairement déformés pour la perspective.

Signification historique et artistique

Les Prophètes du Campanile marquent la naissance d'un réalisme radical dans la sculpture florentine. Donatello rompt avec la beauté lisse : ses prophètes sont laids, vieux, intensément humains — la vérité contre l'idéal. Le Zuccone, en particulier, est tenu pour l'un des sommets de son art, un visage d'une vérité presque brutale. Ces figures introduisent l'individualité, l'expression psychologique, la présence charnelle dans l'art sacré. Elles font aussi partie d'un vaste programme collectif : plusieurs sculpteurs — Donatello, Nanni di Bartolo et d'autres — ont peuplé le campanile, faisant du chantier une somme de la statuaire florentine du début du XVe siècle.

Contexte économique, social et religieux

Le programme statuaire du Campanile de Giotto s'étale sur des décennies. Donatello y contribue de 1415 à 1436 environ : l'Abacuc/Zuccone vers 1423-1425, le Jérémie plus tard, vers 1427-1435 D'autres mains — Nanni di Bartolo, entre autres — participent à l'ensemble. Les statues, d'abord réparties sur plusieurs faces, furent redéployées : vers 1464, quatre d'entre elles passèrent sur la face ouest Les originaux des seize statues du deuxième ordre sont aujourd'hui au Museo dell'Opera del Duomo ; des copies occupent les niches du campanile.

Symbolisme & lecture iconographique

Les prophètes de l'Ancien Testament annoncent la venue du Christ : les placer sur le campanile, à côté de la cathédrale, c'était dresser les hérauts de la foi au seuil de la maison de Dieu. Mais Donatello déplace le sens : ses prophètes ne sont pas des symboles abstraits, ce sont des voix humaines, épuisées d'avoir crié la vérité. Leur laideur même est un message : la sainteté n'est pas dans la beauté du corps mais dans l'intensité de l'âme. Le Zuccone, figure du prophète qui parle sans être écouté, devient l'emblème de la parole vraie et solitaire, méprisée par le monde.

Analyse des émotions

Ces prophètes bouleversent par leur humanité sans fard. Devant le Zuccone, on ne ressent ni dévotion sereine ni admiration esthétique, mais un choc : la présence d'un homme réel, usé, habité par une conviction dévorante. Leur maigreur, leurs rides, leur regard dur inspirent une empathie brute — on lit sur eux le poids d'avoir porté une parole trop lourde. Il y a là quelque chose de sombre, d'intense, presque douloureux, très loin de la douceur robbienne. Donatello nous met face à la vérité nue de la condition humaine, et cette franchise, cinq siècles après, saisit encore.

Secrets & mystères

  • L'Abacuc de Donatello est surnommé « lo Zuccone » — « la courge », « le grand chauve » — pour son crâne nu.
  • L'identité biblique exacte du Zuccone (Abacuc ? autre prophète ?) reste discutée.
  • Corps délibérément déformés pour être vus d'en bas, à ~20 m de hauteur.
  • Œuvre collective : Donatello, Nanni di Bartolo et d'autres se partagent le programme.
  • Vers 1464, plusieurs statues furent déplacées sur la face ouest.
  • Originaux au Museo dell'Opera del Duomo, copies sur le campanile.

Le saviez-vous ?

La tradition, rapportée par Vasari, veut que Donatello, tout à son Zuccone, l'ait apostrophé pendant qu'il le sculptait — « Favella, favella ! » (« Parle, parle donc ! ») — tant la figure lui semblait vivante. On dit aussi qu'il jurait « par la foi que je porte à mon Zuccone », signe de l'affection particulière qu'il vouait à cette statue si laide et si vraie. Récit sans doute embelli, mais fidèle à l'esprit de l'œuvre : Donatello y avait mis tant de vie qu'il ne lui manquait, disait-il, que la parole.

Commanditaire

Opera di Santa Maria del Fiore (fabrique de la cathédrale de Florence)

Autres sculptures à découvrir