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Chaires de la Passion et de la Résurrection (Pulpiti di San Lorenzo)

✦ Sculpture ✦

Chaires de la Passion et de la Résurrection (Pulpiti di San Lorenzo)

Donatello

vers 1456-1466 @@AVERIFIER·Bronze (avec parties dorées)·Basilica di San Lorenzo · Firenze

Devant l'œuvre

Prenez le temps de tourner autour des deux chaires et de comparer : d'un côté la nuit de la Passion, de l'autre la lumière de la Résurrection. Approchez-vous des reliefs et cherchez les zones laissées rugueuses, à peine sorties du bronze : ce n'est pas un travail interrompu par hasard, c'est le style du dernier Donatello, qui sacrifie le fini au frémissement. Regardez comme les corps se pressent, comme les architectures se plient à l'émotion plutôt qu'à la perspective. Vous êtes devant un vieil homme qui, à soixante-dix ans passés, réinvente encore son art.

Éléments remarquables

Deux chaires de bronze se font face dans la nef de San Lorenzo, portées par des colonnes. Leurs parois sont couvertes de reliefs serrés, tumultueux : d'un côté la Passion (l'Agonie au jardin, le Christ devant Pilate et Caïphe, la Crucifixion, la Déploration, la Mise au tombeau), de l'autre les scènes de la Résurrection et de la vie du Christ ressuscité. Les figures s'entassent, débordent le cadre, gesticulent dans un espace dense. Par endroits le bronze reste à peine dégrossi, non poli : ce « non-finito » n'est pas un défaut mais la manière du vieux Donatello, une écriture heurtée, expressive, presque brutale.

Signification historique et artistique

C'est l'ultime chef-d'œuvre de Donatello, vieillard septuagénaire, revenu à Florence après ses années padouanes. Il abandonne l'élégance mesurée du premier Quattrocento pour une expressivité crue, pathétique, presque expressionniste avant la lettre : la douleur, la foule, le mouvement l'emportent sur l'équilibre. Les reliefs annoncent une liberté que la sculpture ne retrouvera qu'avec le maniérisme, voire bien plus tard. Restés inachevés à sa mort en 1466, ils furent complétés et montés par ses élèves.

Contexte économique, social et religieux

Donatello travailla aux deux chaires dans la dernière décennie de sa vie, après son retour de Padoue (1453), sans les achever avant sa mort en 1466. Les plaques de bronze inachevées furent trouvées dans son atelier ; ses collaborateurs Bertoldo di Giovanni et Bartolomeo Bellano les montèrent et complétèrent, puis l'ensemble fut assemblé en chaires plus tard encore. San Lorenzo était l'église des Médicis : Donatello, protégé de Cosme l'Ancien, y fut d'ailleurs enterré près de son mécène. Un restauro majeur des pergami s'est déroulé de 2011 à 2017.

Symbolisme & lecture iconographique

Les deux chaires forment un cycle : la mort et la victoire sur la mort, la Passion et la Résurrection se répondant d'un côté à l'autre de la nef, encadrant le fidèle. Le désordre apparent des compositions, l'entassement des figures, disent l'irruption du sacré dans l'humain, le tumulte du drame du salut. Le non-finito lui-même prend un sens : la matière brute, inachevée, comme une pensée saisie en train de se former, une spiritualité qui refuse le lisse et le décoratif.

Analyse des émotions

On est loin de la sérénité classique : ces reliefs bousculent, oppressent, émeuvent. La foule des corps, les gestes désespérés, l'ombre dense du bronze créent une tension presque douloureuse. On sent la main d'un vieil artiste qui n'a plus rien à prouver et qui va à l'essentiel de l'émotion, quitte à malmener la belle forme. Il y a là quelque chose de bouleversant : l'urgence d'un homme au soir de sa vie qui met tout son feu dans la matière, sans plus se soucier de plaire.

Secrets & mystères

  • C'est la dernière œuvre de Donatello, laissée inachevée à sa mort en 1466.
  • Le non-finito (bronze à peine dégrossi par endroits) est un choix de style, non un accident.
  • Les plaques furent complétées et montées par ses élèves Bertoldo di Giovanni et Bartolomeo Bellano.
  • Donatello est enterré à San Lorenzo, près de Cosme de Médicis.
  • Un long restauro des chaires s'est achevé en 2017.

Le saviez-vous ?

Donatello, protégé de Cosme l'Ancien, aurait passé ses dernières années sous la protection des Médicis, qui lui assuraient de quoi vivre pour qu'il puisse travailler libre. La tradition veut qu'il ait été enterré, selon son vœu, tout près de la tombe de Cosme dans la crypte de San Lorenzo, l'église même où se dressent ses ultimes chaires : le sculpteur repose ainsi à quelques pas de son dernier chef-d'œuvre, inachevé comme une phrase laissée en suspens.

Commanditaire

@@AVERIFIER (entourage médicéen / Opera de San Lorenzo)

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