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Jan Pieterszoon Coen (1587-1629)

✦ Illustre ✦

Jan Pieterszoon Coen

VOC / gouverneur colonial

1587-1629·VOC · gouverneur colonial

Contributions & œuvres

Aucune figure des Provinces-Unies ne divise autant que celle-ci. Pour les uns, Coen fut le fondateur de l'empire commercial néerlandais en Asie, l'homme qui donna à la VOC sa capitale et sa domination. Pour les autres — et pour l'histoire —, il fut le responsable d'un massacre colonial qui vida de sa population tout un archipel. Bâtisseur et bourreau : les deux mots désignent le même homme.

Le bâtisseur de l'empire d'Asie

Né à Hoorn en 1587, formé au commerce en Italie, Coen entra jeune au service de la VOC et gravit rapidement les échelons par son intelligence des affaires et sa dureté. Nommé gouverneur général en 1618, il conçut une stratégie claire : pour dominer le commerce asiatique, il fallait une base fortifiée, un centre unique d'où contrôler les mers d'Insulinde. En 1619, il s'empara du port javanais de Jayakarta, le rasa, et y fonda Batavia (l'actuelle Jakarta) — qui resterait pendant plus de trois siècles la capitale des Indes néerlandaises. Organisateur redoutable, il verrouilla le commerce des épices, imposa le monopole de la VOC et jeta les bases d'une puissance coloniale qui ferait la fortune de la République. Sur le plan économique, il fut l'un des grands architectes de l'âge d'or.

Le massacre de Banda et le poids de l'infamie

Mais cette réussite eut un coût atroce. Les îles Banda, seule source mondiale de noix de muscade, refusaient le monopole exclusif que la VOC prétendait leur imposer. En 1621, Coen y conduisit une expédition punitive : la population de l'archipel, environ quinze mille personnes, fut massacrée, affamée, déportée ou réduite en esclavage. Il n'en resta presque personne. Les terres furent redistribuées à des colons européens exploitant une main-d'œuvre asservie. Ce crime de masse, réprouvé dès l'époque par certains directeurs de la Compagnie eux-mêmes, fait aujourd'hui de Coen une figure de la violence coloniale — au point que sa statue, à Hoorn, est régulièrement contestée. Il mourut à Batavia en 1629, pendant un siège de la ville. Sa mémoire résume le dilemme des Pays-Bas devant leur âge d'or : une prospérité éclatante, bâtie en partie sur la conquête et le sang.

Anecdote mémorable

Coen résuma un jour sa philosophie dans une phrase restée tristement célèbre, adressée aux directeurs de la VOC : « Il ne peut y avoir de commerce sans guerre, ni de guerre sans commerce. » Cette maxime, qui liait explicitement le profit et la violence, éclaire toute sa politique — et continue de nourrir, aux Pays-Bas, le débat sur la manière dont un pays doit regarder en face les pages sombres de sa grandeur.

Importance historique

Aucune figure des Provinces-Unies ne divise autant que celle-ci. Pour les uns, Coen fut le fondateur de l'empire commercial néerlandais en Asie, l'homme qui donna à la VOC sa capitale et sa domination. Pour les autres — et pour l'histoire —, il fut le responsable d'un massacre colonial qui vida de sa population tout un archipel. Bâtisseur et bourreau : les deux mots désignent le même homme.