Grünewald et le vertige mystique de l'Europe du XVIe siècle
Avant même d'entrer dans la salle du Retable d'Issenheim, quelque chose change dans l'atmosphère.
Le silence devient plus dense.
Puis soudain, l'œuvre apparaît.
Le retable de Grünewald n'est pas une simple peinture religieuse : c'est une expérience émotionnelle. Les corps souffrent, les couleurs brûlent, les visions semblent presque hallucinées.
On comprend alors que la Renaissance n'est pas seulement harmonie et élégance italienne.
Elle est aussi : - crise spirituelle, - angoisse, - maladie, - visions, - bouleversements religieux.
Unterlinden complète parfaitement les grands châteaux français : ici, la Renaissance devient intérieure, mystique et presque inquiétante.
Spécialité Renaissance
Retable d'Issenheim (Grünewald, 1512-1516), peintures rhénanes
Description
Le Retable d'Issenheim de Matthias Grünewald (1512-1516), installé dans l'ancienne chapelle du couvent, est l'une des œuvres les plus puissantes et les plus tourmentées de la Renaissance germanique. Ce polyptyque à volets déployables représente la Crucifixion, l'Annonciation, la Résurrection et la Tentation de saint Antoine avec une expressivité sans équivalent. Le musée conserve aussi des peintures de Martin Schongauer et des arts décoratifs alsaciens de la Renaissance.
À voir
Le vertige de Grünewald
Le musée Unterlinden abrite l'un des sommets absolus de la Renaissance du Nord : le Retable d'Issenheim, peint par Matthias Grünewald (v.1512-1516) sur des sculptures de Nicolas de Haguenau. Ici, la Renaissance n'est pas harmonie et mesure : c'est l'émotion poussée à l'extrême, les corps qui souffrent, les couleurs qui brûlent, les visions presque hallucinées. On y découvre l'autre visage du XVIe siècle, tout de ferveur et d'angoisse.
Un retable qui soignait
Le retable fut conçu pour la chapelle d'un hôpital des Antonins qui soignait le « mal des ardents » (l'ergotisme). Sa Crucifixion montre un Christ couvert de plaies, comme les malades qui priaient devant lui : l'œuvre offrait à ces corps meurtris l'image d'un Dieu qui souffrait comme eux — un art de compassion, à la charnière du gothique et de la Renaissance rhénane.
Autour du chef-d'œuvre
Le musée conserve aussi un riche ensemble de peinture et de sculpture rhénanes du XVe et du XVIe siècle, qui replace Grünewald dans son monde — celui de l'Alsace prospère, ouverte à l'Allemagne et à la gravure de Dürer.
Pourquoi le visiter
Parce qu'on n'oublie jamais la salle du Retable d'Issenheim : elle prouve que la Renaissance ne fut pas qu'italienne et sereine, mais aussi nordique, mystique et bouleversante.
Histoire
Le musée occupe un ancien couvent de Dominicaines, Unterlinden (« sous les tilleuls »), fondé au XIIIe siècle à Colmar. Après la Révolution, qui ferma le couvent, la ville y rassembla au XIXe siècle les œuvres d'art dispersées de la région, dont le Retable d'Issenheim, provenant de la commanderie antonine d'Issenheim. Le musée Unterlinden ouvrit ainsi en 1853 ; profondément rénové et agrandi au XXIe siècle, il reste l'un des musées de province les plus visités de France, tout entier organisé autour de son chef-d'œuvre.
Contes, légendes & anecdotes
Le Retable d'Issenheim était une œuvre « à transformation » : composé de panneaux mobiles, il s'ouvrait selon le calendrier liturgique pour révéler des scènes différentes — de la Crucifixion ténébreuse à la Résurrection éclatante, où le Christ s'élève dans un halo de lumière comme aucun peintre n'en avait osé. Les malades de l'hôpital, en voyant ces volets s'ouvrir, passaient de l'image de leur propre souffrance à celle de la guérison promise. Peu d'œuvres ont été pensées avec une telle puissance pour agir sur ceux qui les regardaient.
Collections phares
- Retable d'Issenheim (Grünewald, 1512-1516)
- Martin Schongauer : peintures et gravures
- Arts décoratifs alsaciens Renaissance
- Sculptures et bois rhénans XVIe s.
- Collection de gravures germaniques (Dürer, Holbein)







