Devant l'œuvre
Quand le retable est ouvert en sa deuxième ouverture — après la Tentation et la Visite des ermites — la caisse sculptée centrale est révélée : trois grandes statues dorées de saints dans leurs niches architecturées gothiques. Au centre, saint Antoine, patron de la commanderie d'Issenheim, tenant son bâton et son livre. À sa droite, saint Augustin en évêque. À sa gauche, saint Jérôme, le traducteur de la Bible. Ces trois figures théologiques — le moine fondateur, le Père de l'Église, le traducteur des Écritures — disent les trois piliers de la spiritualité des Antonins. Sous les trois saints, dans la prédelle, des petits personnages dont Christ et les Apôtres.
Symbolisme & lecture iconographique
Antoine, Augustin et Jérôme représentent trois modes de vie chrétienne — le moine solitaire (Antoine), le théologien et évêque (Augustin), l'érudit et traducteur (Jérôme). Cette trinité de saints dit les trois vocations de la vie religieuse catholique : la contemplation, le service, l'étude.
Analyse des émotions
Ces trois statues dorees dans leurs niches créent une impression de majesté et de permanence — la dorure dit l'éternité divine, l'architecture gothique dit l'Église, les saints dit la communion des saints. C'est le programme de la foi catholique en trois figures : prier, penser, lire.
Secrets & mystères
Nicolas de Haguenau est un sculpteur strasbourgeois dont on sait relativement peu de chose — son nom apparaît dans les archives de Strasbourg entre 1493 et 1538. Il réalisa la caisse sculptée du retable d'Issenheim avant que Grünewald ne peigne ses volets. Cette collaboration entre un sculpteur de Strasbourg et un peintre (dont on ne sait même pas avec certitude la ville natale) dit quelque chose sur les ateliers artistiques itinérants de l'espace rhénan au début du XVIe siècle.
Le saviez-vous ?
Le retable d'Issenheim fut démonté et transporté à Colmar pendant la Révolution française — quand les Antonins d'Issenheim furent expulsés de leur couvent en 1793. Il arriva à Colmar en pièces et fut partiellement remonté. Sa présentation dans l'état actuel — avec les volets mobiles — fut réalisée progressivement au XIXe siècle. Le retable tel qu'on le voit aujourd'hui est donc une reconstruction partielle de sa disposition originale dans la chapelle d'Issenheim.

