Devant l'œuvre
Cette Résurrection est l'image la plus lumineuse et la plus cosmique de toute la peinture germanique. Le Christ ressuscité s'élève dans un globe de lumière qui va du jaune au rouge au blanc pur — une explosion de lumière qui n'a de précédent dans aucune autre Résurrection de l'histoire de l'art. Les gardiens du tombeau sont renversés autour de lui, éblouis, hors de combat. Le corps du Christ est transfiguré — il ne ressemble plus au Christ torturé de la Crucifixion. Les stigmates (les plaies des mains, des pieds et du côté) sont encore visibles mais transformés en lumière. C'est l'opposé absolu de la Crucifixion : le même corps, dans la gloire au lieu de l'agonie.
Symbolisme & lecture iconographique
Le globe de lumière dans lequel s'élève le Christ ressuscité dit quelque chose sur la conception de la résurrection dans la théologie mystique rhénane — ce n'est pas un simple lever de mort mais une transfiguration totale, une transformation de la nature humaine en nature divine. La lumière n'éclaire pas le Christ, elle le constitue.
Analyse des émotions
La Résurrection de Grünewald provoque une émotion de soulagement et d'éblouissement simultanés — après la violence de la Crucifixion, cette lumière explose comme une libération. Le programme théologique du retable est accompli : la souffrance mène à la gloire, la mort à la résurrection, l'obscurité à la lumière.
Secrets & mystères
La palette de couleurs de la Résurrection de Grünewald est unique dans l'histoire de la peinture — ce globe de lumière qui va du rouge sang au jaune d'or au blanc pur dit une énergie coloristique que personne avant Grünewald n'avait tentée et que très peu ont tentée après. Kandinsky et les expressionnistes allemands du début du XXe siècle virent dans cette Résurrection une anticipation de l'art abstrait — la couleur comme expression directe d'une réalité spirituelle, sans médiation du réel.
Le saviez-vous ?
Paul Hindemith mit en musique la Résurrection d'Issenheim dans sa Symphonie Mathis le Peintre (1934) — le troisième mouvement, 'Tentation de saint Antoine', est inspiré du retable. Cette œuvre, créée par Furtwängler à Berlin, fut interdite par les nazis qui y virent un message de liberté artistique dangereux. Hindemith émigra en 1938 et finit sa carrière aux États-Unis. L'histoire de ce retable continue de se mêler à l'histoire politique de l'Allemagne.

