HitsMap
Retable d'Issenheim, Matthias Grünewald

✦ Peinture ✦

Retable d'Issenheim — Le Concert des Anges et La Nativité (première ouverture, panneau central)

Mathis Gothart Nithart, dit Grünewald

1512–1516·Musée Unterlinden
Faire le puzzle de l'œuvre
Question du jour

Quelle mystique du XIVe siècle a inspiré la représentation de Marie à genoux devant l'Enfant dans la Nativité de Grünewald ?

Devant l'œuvre

La première ouverture du retable révèle un monde radicalement différent de la Crucifixion — un monde de couleurs éclatantes, de lumières irradiantes, de joie théologique. À gauche, l'Annonciation dans une chapelle gothique. Au centre, la grande scène de la Nativité en deux parties : à droite, une architecture fantastique aux arcs-boutants et clochetons où des anges musiciens jouent dans une lumière d'or éblouissante — le Concert des Anges qui a donné son nom à ce panneau. À gauche, Marie à genoux devant l'Enfant dans un enclos fleuri. À droite, la Résurrection — le Christ qui s'élève dans un globe de lumière aveuglante, les gardiens du tombeau renversés. Ces panneaux lumineux contrastent délibérément avec la noirceur de la Crucifixion : la même réalité vue sous deux angles, la mort et la résurrection, la souffrance et la joie.

Symbolisme & lecture iconographique

Les anges musiciens du Concert d'Issenheim jouent des instruments réels du début du XVIe siècle — une viole de gambe, un luth, un psaltérion. Cette précision instrumentale dit que la musique céleste n'est pas abstraite mais incarnée — la joie du paradis s'exprime dans les mêmes instruments que les hommes jouent sur terre. C'est la continuité entre le monde terrestre et le monde divin.

Analyse des émotions

Le Concert des Anges est l'un des tableaux les plus joyeux de la peinture allemande — ces anges qui jouent dans une lumière d'or, ces couleurs qui vibrent, ce bonheur cosmique qui s'exprime par la musique. Après la Crucifixion noire, ce panneau dit : la souffrance n'est pas le dernier mot. C'est la promesse de la résurrection en images.

Secrets & mystères

La Vierge de la Nativité de Grünewald est représentée selon une vision de sainte Brigitte de Suède — une mystique du XIVe siècle qui décrit la Nativité comme une vision de lumière pure et de joie silencieuse (Marie à genoux devant l'Enfant, pas tenant l'Enfant). Cette source iconographique mystique dit quelque chose sur la spiritualité particulière des Antonins d'Issenheim — une spiritualité mêlant le soin des malades, la dévotion mystique et une compréhension profonde de la souffrance et de l'espérance.

Le saviez-vous ?

Otto Dix, le peintre expressionniste allemand, fut incarcéré à Colmar en 1945–1946 après la fin de la guerre. Il put voir le Retable d'Issenheim pendant sa détention et en fut bouleversé. Il écrivit à sa femme : 'J'ai vu deux fois le retable d'Issenheim, une œuvre impressionnante, d'une témérité et d'une liberté inouïes.' Après sa libération, il continua à être influencé par Grünewald dans ses peintures de la souffrance et de la guerre.

Sources

  1. 1.Musée Unterlinden
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

👤

Mathis Gothart Nithart, dit Grünewald

Wurtzbourg (?), v.1475/1480 – Halle, 1528

Peintre de cour des archevêques de Mayence, et ingénieur hydraulique ; l'un des deux grands maîtres de la Renaissance allemande avec Dürer.

Rôle : peintre

On sait peu de choses de sa vie, et c'est là une part de sa légende : il se nommait sans doute Mathis Gothart Nithart, et « Grünewald » n'est qu'une méprise d'un biographe du siècle suivant. Peintre de cour des archevêques de Mayence, il travaille à l'écart des grands foyers, en artisan solitaire, mêlant à son art des talents d'ingénieur des eaux.

Retable d'IssenheimRetable d'IssenheimRetable d'IssenheimRetable d'Issenheim

Vers 1512-1516, il peint pour le monastère des Antonins d'Issenheim, en Alsace, le retable qui porte son nom — aujourd'hui au musée Unterlinden de Colmar. Destiné à la salle d'un hôpital où l'on soignait le « mal des ardents », il montre un Christ couvert de plaies, au corps déchiré et verdi par la mort, afin que les malades reconnaissent leur propre calvaire dans le sien. Puis, ouvert au fil des fêtes, le polyptyque se métamorphose : un concert d'anges, une Nativité rayonnante, et une Résurrection où le Christ, dissous dans un halo incandescent, semble se changer en pure lumière — l'une des images les plus audacieuses jamais peintes. Grünewald ne cherche ni la beauté idéale ni la perspective savante des Italiens : il vise droit au cœur, par la seule puissance de la couleur et de l'émotion.

Origine : Franconie, Saint-Empire romain germanique

Voir la fiche complète du peintre →

À voir aussi