Devant l'œuvre
La première ouverture du retable révèle un monde radicalement différent de la Crucifixion — un monde de couleurs éclatantes, de lumières irradiantes, de joie théologique. À gauche, l'Annonciation dans une chapelle gothique. Au centre, la grande scène de la Nativité en deux parties : à droite, une architecture fantastique aux arcs-boutants et clochetons où des anges musiciens jouent dans une lumière d'or éblouissante — le Concert des Anges qui a donné son nom à ce panneau. À gauche, Marie à genoux devant l'Enfant dans un enclos fleuri. À droite, la Résurrection — le Christ qui s'élève dans un globe de lumière aveuglante, les gardiens du tombeau renversés. Ces panneaux lumineux contrastent délibérément avec la noirceur de la Crucifixion : la même réalité vue sous deux angles, la mort et la résurrection, la souffrance et la joie.
Symbolisme & lecture iconographique
Les anges musiciens du Concert d'Issenheim jouent des instruments réels du début du XVIe siècle — une viole de gambe, un luth, un psaltérion. Cette précision instrumentale dit que la musique céleste n'est pas abstraite mais incarnée — la joie du paradis s'exprime dans les mêmes instruments que les hommes jouent sur terre. C'est la continuité entre le monde terrestre et le monde divin.
Analyse des émotions
Le Concert des Anges est l'un des tableaux les plus joyeux de la peinture allemande — ces anges qui jouent dans une lumière d'or, ces couleurs qui vibrent, ce bonheur cosmique qui s'exprime par la musique. Après la Crucifixion noire, ce panneau dit : la souffrance n'est pas le dernier mot. C'est la promesse de la résurrection en images.
Secrets & mystères
La Vierge de la Nativité de Grünewald est représentée selon une vision de sainte Brigitte de Suède — une mystique du XIVe siècle qui décrit la Nativité comme une vision de lumière pure et de joie silencieuse (Marie à genoux devant l'Enfant, pas tenant l'Enfant). Cette source iconographique mystique dit quelque chose sur la spiritualité particulière des Antonins d'Issenheim — une spiritualité mêlant le soin des malades, la dévotion mystique et une compréhension profonde de la souffrance et de l'espérance.
Le saviez-vous ?
Otto Dix, le peintre expressionniste allemand, fut incarcéré à Colmar en 1945–1946 après la fin de la guerre. Il put voir le Retable d'Issenheim pendant sa détention et en fut bouleversé. Il écrivit à sa femme : 'J'ai vu deux fois le retable d'Issenheim, une œuvre impressionnante, d'une témérité et d'une liberté inouïes.' Après sa libération, il continua à être influencé par Grünewald dans ses peintures de la souffrance et de la guerre.

