Devant l'œuvre
Ce triptyque de Martin Schongauer est l'un des ensembles picturaux les plus importants du musée après le Retable d'Issenheim. Il présente à l'intérieur (sur seize panneaux) la Passion du Christ — de la Trahison de Judas à la Déposition — et à l'extérieur (en huit peintures) les Sept Joies de la Vierge : l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des Mages, la Présentation au Temple, la Disparition et le Recouvrement de Jésus au Temple, la Pentecôte, et l'Assomption. C'est un programme théologique complet en vingt-quatre images — la vie du Christ vue du double angle de la Passion et de la joie mariale.
Symbolisme & lecture iconographique
Les Sept Joies de la Vierge sont la réponse mariale aux Sept Douleurs — pour chaque douleur (les prophéties de Siméon, la Fuite en Égypte, etc.) correspond une joie (l'Annonciation, la Nativité, etc.). Cette symétrie dit que le chemin de la foi passe alternativement par la douleur et la joie, et que les deux sont nécessaires.
Analyse des émotions
Seize panneaux de la Passion du Christ et huit panneaux des Joies de la Vierge — c'est un parcours émotionnel complet. La douleur de la Passion sur les volets intérieurs, la joie des Joies mariales sur les volets extérieurs : le retable dit que la douleur et la joie coexistent dans la même foi.
Secrets & mystères
Ce retable de Schongauer fut commandé pour l'église des Dominicains de Colmar — l'église dans laquelle est encore exposée la Vierge au buisson de roses. Ces deux œuvres de Schongauer étaient donc dans le même espace pendant cinq siècles, se répondant mutuellement — la Passion et les Joies, la mort et la vie. Leur séparation (l'une dans l'église, l'autre au musée) est une des conséquences de la sécularisation des collections religieuses à la Révolution.
Le saviez-vous ?
Schongauer mourut à Breisach en 1491 — d'une épidémie de peste, probablement, à 46 ans environ. Il était parti de Colmar pour s'établir à Breisach, de l'autre côté du Rhin (aujourd'hui en Allemagne). Ce déplacement dit quelque chose sur la mobilité des artistes dans l'espace rhénan bilingue et biculturel du XVe siècle — Colmar et Breisach, séparées par le Rhin, étaient dans le même espace culturel.

