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Portrait de Clément Marot

Illustre

Clément Marot

Premier grand poète de la Renaissance française — valet de chambre du roi

1496-1544·Poète·Cahors (Lot)·Poésie
« Je meurs de soif auprès de la fontaine. »

Contributions & œuvres

Valet de chambre de Marguerite de Navarre puis de François Iᵉʳ. Emprisonné deux fois pour sympathies protestantes. Fuit en Italie (Ferrare, Venise, Turin) puis revient. Auteur des Épîtres, des Épigrammes, des Élégies, de l'Adolescence clémentine. Traduit les Psaumes en vers français (huguenots les chanteront). Introduit le sonnet en France.

Anecdote mémorable

Condamné à mort pour avoir mangé du lard en carême (!) — hérésie grave au XVIe siècle. Sauvé par François Iᵉʳ. Cachait régulièrement chez Marguerite de Navarre. Mourut en exil à Turin à 48 ans.

Influences reçues

Villon. Rhétoriqueurs (Grands). Pétrarque. Érasme.

Influences exercées

Introduit le sonnet en français. Normalise l'orthographe française. Ses Psaumes traduits deviennent l'hymne du mouvement protestant. Influence Du Bellay, Ronsard, La Fontaine.

Importance historique

Si François Rabelais est le grand romancier de la Renaissance française et si Ronsard en devient le grand poète lyrique, Clément Marot est celui qui construit le pont entre le Moyen Âge et la Renaissance.

À lui seul, il transforme profondément la poésie française. Héritier des formes médiévales, il les allège, les modernise, leur donne davantage de naturel et de musicalité. Son influence est telle que toute une génération de poètes parlera de « marotisme ».

Pour beaucoup d'historiens de la littérature, il est le plus grand poète français avant Ronsard.

Un enfant de poète

Clément Marot naît à Cahors en 1496. Son père, Jean Marot, est déjà un poète reconnu à la cour des rois de France. Il sert notamment Anne de Bretagne puis François Ier comme poète officiel et historiographe. Le jeune Clément grandit donc dans un univers où la poésie est un métier. Très tôt, il apprend :

  • la rhétorique ;
  • la versification ;
  • les auteurs antiques ;
  • les traditions poétiques françaises. Mais il va rapidement dépasser son maître.

L'arrivée à la cour

Vers 1515, le jeune poète attire l'attention de la cour de François Ier. Nous sommes alors au début du règne le plus brillant de la Renaissance française. François Ier protège les artistes, les écrivains et les humanistes. Marot devient rapidement l'un des poètes favoris du souverain. Sa carrière est lancée.

L'homme de Marguerite de Navarre

L'autre grande protectrice de Marot est Marguerite de Navarre. Humaniste, écrivain et mécène, elle rassemble autour d'elle l'élite intellectuelle française. Marot devient l'un de ses proches collaborateurs et bénéficie de sa protection pendant de nombreuses années. Cette relation sera essentielle lorsque les ennuis religieux commenceront.

Une révolution poétique

Avant Marot, la poésie française est encore largement dominée par les « Grands Rhétoriqueurs ». Leur poésie est souvent :

  • complexe ;
  • très codifiée ;
  • riche en jeux de mots ;
  • parfois difficile à lire aujourd'hui. Marot change complètement l'approche.

Il recherche :

  • la clarté ;
  • la fluidité ;
  • l'élégance ;
  • le naturel. Sa poésie donne souvent l'impression d'une conversation. Pour la première fois, le français paraît aussi souple que le latin ou l'italien.

Le premier grand poète moderne français

Marot introduit ou développe plusieurs formes qui marqueront durablement la littérature :

  • l'épître ;
  • l'élégie ;
  • l'épigramme ;
  • la chanson ;
  • le sonnet naissant. Son influence est immense.

Lorsque la Pléiade apparaît quelques années plus tard, elle se construit en partie contre lui, mais également grâce à lui. Sans Marot, il n'y aurait probablement pas eu Du Bellay ou Ronsard sous la forme que nous connaissons.

L'Adolescence Clémentine

En 1532 paraît son grand recueil L'Adolescence Clémentine. L'ouvrage rencontre un immense succès. On y trouve :

  • des ballades ;
  • des rondeaux ;
  • des épîtres ;
  • des poèmes amoureux ;
  • des textes satiriques. Pour la première fois, un poète français atteint une véritable popularité nationale.

L'humour selon Marot

Ce qui distingue particulièrement Marot de nombreux contemporains, c'est son humour. Il aime :

  • les jeux d'esprit ;
  • l'autodérision ;
  • les observations du quotidien ;
  • les petites scènes de la vie courante. Contrairement à beaucoup de poètes médiévaux, il ne parle pas uniquement de héros ou de grandes abstractions. Il parle aussi de lui-même. Cette proximité avec le lecteur paraît étonnamment moderne.

Les ennuis religieux

Mais la Renaissance est aussi l'époque des tensions religieuses. Marot fréquente les milieux évangéliques et réformateurs proches des idées qui conduiront plus tard au protestantisme. Cela lui attire de nombreux ennemis. En 1526, il est arrêté pour hérésie. Il connaît la prison. Plus tard, il devra s'exiler à plusieurs reprises.

L'Enfer

De cette expérience naît l'une de ses œuvres les plus célèbres L'Enfer. Dans ce poème satirique, il décrit sa détention avec ironie et mordant. Le texte est à la fois :

  • autobiographique ;
  • humoristique ;
  • critique envers certaines institutions. Il révèle parfaitement son talent pour transformer les épreuves en littérature.

Les Psaumes

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L'œuvre qui aura peut-être le plus grand impact historique est sa traduction des :

Psaumes de David.

Marot traduit les textes bibliques en français poétique. Ces versions connaissent un succès extraordinaire. Elles sont ensuite mises en musique par Claude Goudimel et deviennent l'un des fondements du chant protestant francophone.

Marot et la Réforme

Marot n'est pas un réformateur radical. Il reste longtemps dans une position ambiguë. Mais ses sympathies pour les idées nouvelles sont évidentes. Après l'Affaire des Placards de 1534, le climat devient beaucoup plus hostile. Il doit quitter la France et connaît plusieurs périodes d'exil :

  • Ferrare ;
  • Venise ;
  • Genève ;
  • Savoie.

Un exilé permanent

Ses dernières années sont marquées par l'instabilité. Le poète autrefois célébré à la cour se retrouve progressivement éloigné du royaume. Cette trajectoire reflète parfaitement le drame de la Renaissance française, l'âge de l'humanisme cède peu à peu la place aux conflits religieux.

Sa mort

Marot meurt en 1544 à Turin. Il a quarante-sept ans. Sa disparition intervient juste avant l'explosion des guerres

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