
✦ Illustre ✦
Giovanni Battista Cibo, dit Innocent VIII
Pape de 1484 à 1492, commanditaire du Belvédère
Contributions & œuvres
Giovanni Battista Cibo, Génois monté sur le trône de saint Pierre en 1484, est un pape de cour qui préfère les alliances aux croisades. Là où d'autres cachaient leur descendance, lui reconnaît ouvertement ses enfants et les marie dans les grandes familles : son fils Franceschetto épouse Maddalena de Médicis, fille de Laurent le Magnifique. L'alliance a un prix et une contrepartie : le fils de Laurent, Jean — futur Léon X — est fait cardinal à treize ans. C'est de cette manœuvre, plus que d'aucun décret, que naît un pan de la Renaissance romaine à venir.
Sur le plan artistique, l'apport d'Innocent VIII est réel mais mesuré, concentré sur deux chantiers. Il fait édifier au Vatican la villa du Belvédère, un pavillon de plaisance sur la hauteur, dont Andrea Mantegna décore une chapelle ; l'ensemble, transformé au fil des siècles, est aujourd'hui absorbé dans les Musées du Vatican. Surtout, il commande à Antonio del Pollaiolo son tombeau de bronze pour Saint-Pierre. L'œuvre est une nouveauté saisissante : c'est la première fois qu'un pape est figuré vivant, assis et bénissant, la main levée, tenant de l'autre la Sainte Lance offerte par le sultan Bajazet II. Le monument, transféré lors de la reconstruction de la basilique, reste l'un des grands bronzes funéraires du Quattrocento romain — la trace la plus durable d'un pontificat qui misa d'abord sur l'entregent.
Anecdote mémorable
Le tombeau que Pollaiolo coule pour lui rompt avec toute la tradition funéraire. Jusque-là, un gisant montrait le défunt couché, mort. Innocent VIII, lui, apparaît deux fois : mort en bas, mais vivant en haut, assis sur son trône, la main droite dressée pour bénir les visiteurs. Dans la gauche, il serre la Sainte Lance, cette relique de la Passion que le sultan Bajazet II lui avait envoyée pour s'attacher ses bonnes grâces — le sultan retenait alors captif le propre frère du pape encombrant. Un pape figuré vivant sur sa propre tombe : l'idée fera école.
Influences reçues
Le cardinal Giuliano della Rovere (futur Jules II), son grand appui à l'élection ; Laurent le Magnifique et la diplomatie médicéenne ; la cour napolitaine et les usages de népotisme princier de son temps.
Influences exercées
Antonio del Pollaiolo, à qui il offre le sujet inédit du pape bénissant ; la lignée des Médicis, via le cardinalat précoce de Jean/Léon X ; la codification de la chasse aux sorcières, prolongée par le Malleus Maleficarum ; le modèle du tombeau papal « vivant ».
Importance historique
Innocent VIII compte moins par son goût que par ce qu'il rend possible. En mariant son fils à une Médicis et en coiffant Jean de la barrette à treize ans, il ouvre la voie au pontificat de Léon X, grand mécène du siècle suivant. Le Belvédère qu'il lance deviendra, agrandi, le cœur des collections vaticanes ; le tombeau de Pollaiolo fixe une image neuve de la papauté. Mais son règne laisse aussi des finances ruinées et une bulle sinistre : il est un pape charnière, plus passeur que créateur.
