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Portrait de Adriaan Florensz, dit Adrien VI

Illustre

Adriaan Florensz, dit Adrien VI

Pape de 1522 à 1523, réformateur austère

1459-1523·Pape·Utrecht (Pays-Bas)·religion · réforme · politique

Contributions & œuvres

On mesure d'ordinaire un pape à ses chantiers, ses commandes, ses fresques. Adrien VI, lui, n'a presque rien laissé de tangible — et c'est précisément là que son audace se loge. Théologien austère formé à Louvain, ancien précepteur de Charles Quint, il est élu en 1522 par surprise, en son absence, comme un compromis. Il débarque dans une Rome fastueuse et dépravée avec une idée fixe : réformer l'Église de l'intérieur. Il coupe les dépenses, congédie le train de vie somptueux hérité de ses prédécesseurs, refuse le mécénat de prestige qui faisait la gloire de la papauté de la Renaissance.

Sa contribution la plus retentissante n'est pas une œuvre mais un aveu. Par la voix de son légat à la diète de Nuremberg, en 1522-1523, il reconnaît publiquement, face à l'Allemagne gagnée par la Réforme, que le mal de l'Église vient « de la Curie elle-même ». Jamais un pape n'avait porté le fer aussi près de sa propre maison. C'est un geste de lucidité morale presque sans précédent : diagnostiquer la corruption depuis le sommet, au lieu de la nier.

Son empreinte matérielle est mince, son pontificat n'a duré que vingt mois, et sa réforme n'a rien produit de durable de son vivant. Mais l'intention — assainir plutôt que décorer — fait de lui un contributeur d'un genre rare : celui qui tente de rendre l'institution meilleure, seul, à contre-courant de tout ce qui l'entoure.

Anecdote mémorable

Sa frugalité, son latin qu'on raillait, sa gouvernante flamande : Rome ne lui pardonna jamais d'être ce qu'il était. Le mépris survécut à l'homme. À sa mort, en 1523, un Romain vint placarder sur la porte de son médecin une inscription railleuse : « au libérateur de la patrie ». Sous l'hommage, l'insulte — on remerciait le praticien d'avoir, disait-on entre les lignes, débarrassé la ville de son pape encombrant. Rarement l'hostilité d'une cour envers son propre souverain s'est affichée avec une telle cruauté.

Influences reçues

La théologie rigoureuse de l'université de Louvain et la spiritualité de la devotio moderna des Pays-Bas ; proche de l'humanisme chrétien d'Érasme, son compatriote.

Influences exercées

Sa tentative de réforme, prématurée et solitaire, annonce la Réforme catholique que le concile de Trente accomplira une génération plus tard ; il reste le symbole de la probité impuissante face à une institution pas encore prête à se corriger.

Importance historique

Adrien VI est le dernier pape non italien avant Jean-Paul II en 1978 — plus de quatre siècles et demi d'écart. À ce seul titre, sa figure marque une frontière dans l'histoire de la papauté. Mais son importance tient surtout à ce qu'il incarne : la tentative isolée, incomprise et vouée à l'échec de réformer l'Église romaine avant que la Réforme protestante ne la fracture pour de bon. Homme du Nord jeté dans une Rome qu'il ne comprend pas et qui ne veut pas de lui, il reste le symbole de l'honnête réformateur seul contre une cour, dont l'audace morale n'a trouvé aucune prise.

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