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✦ Illustre ✦

Pietro Torrigiano

1472-1528·sculpteur

Sur les pas de Pietro Torrigiano — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« Je sentis l'os et le cartilage s'affaisser comme un biscuit sous mes doigts. »

Contributions & œuvres

Florentin formé dans le jardin de Lorenzo de Médicis, aux côtés du jeune Michel-Ange, Pietro Torrigiano fut l'homme qui fit entrer la Renaissance italienne en Angleterre. Appelé à Londres sous Henri VIII, il signe en 1512 le contrat du tombeau d'Henri VII et d'Élisabeth d'York, dans la chapelle de la Vierge de l'abbaye de Westminster. Il y pose deux effigies couchées de bronze doré, d'un naturalisme serein, encadrées d'angelots, de putti et de médaillons tout italiens, sur un socle de marbre noir. Achevé vers 1518, l'ouvrage rompt net avec le gothique anglais encore régnant. Torrigiano avait déjà sculpté le monument de Lady Margaret Beaufort, mère du roi, et modelé des bustes en terre cuite polychrome d'Henri VII, d'Henri VIII et de l'évêque John Fisher, parmi les premiers portraits vraiment Renaissance réalisés en Angleterre. Il préparait un tombeau colossal pour Henri VIII lui-même lorsque le projet s'enlisa.

Anecdote mémorable

L'épisode qui l'a rendu tristement célèbre est celui du nez brisé de Michel-Ange. Adolescents, les deux rivaux copiaient les fresques du Carmine ; piqué par une raillerie, Torrigiano frappa son camarade au visage d'un coup si violent qu'il le défigura à vie. Benvenuto Cellini a recueilli son récit, où il se vante d'avoir senti « l'os et le cartilage s'affaisser comme un biscuit » sous ses doigts. Le trait dit tout de l'homme : un talent immense doublé d'un tempérament de feu. Ce même emportement causa sa perte. Passé en Espagne, il mourut vers 1528 dans une prison de Séville, accusé d'hérésie par l'Inquisition après avoir, dit-on, mis en pièces une statue de la Vierge dont le commanditaire lui refusait son juste prix.

Influences reçues

Formé à la bottega de Bertoldo di Giovanni sous le mécénat de Lorenzo de Médicis, nourri de l'étude des fresques de Masaccio au Carmine et de la statuaire antique, il appartient de plein droit à la première génération de la Haute Renaissance florentine, celle-là même qui vit éclore Michel-Ange.

Influences exercées

Il acclimate en Angleterre l'effigie de bronze doré et le portrait en buste à l'antique, modèles que reprendront, une génération plus tard, les sculpteurs venus des Pays-Bas. Son tombeau royal fixe durablement le type du monument funéraire Renaissance à Westminster, référence pour tous les grands tombeaux élisabéthains et jacobéens qui suivront.

Importance historique

Torrigiano occupe une place de passeur : par lui, le vocabulaire florentin — proportions antiques, putti, grotesques, bronze fondu à la cire perdue — franchit les Alpes et la Manche d'un seul coup. John Pope-Hennessy a tenu le tombeau d'Henri VII pour « le plus beau tombeau de la Renaissance au nord des Alpes », jugement rarement contesté. Dans une Angleterre où la sculpture restait affaire de maçons et d'imagiers gothiques, il offre un modèle neuf, immédiatement royal et visible de tous à Westminster. Son influence fut pourtant plus lente que son talent ne le laissait espérer : son caractère ombrageux, ses démêlés et son départ pour l'Espagne privèrent l'île d'une école durable, et il fallut attendre des décennies pour que des sculpteurs flamands reprennent le flambeau du monument à l'italienne. Reste que les effigies de bronze de Westminster demeurent le jalon fondateur, le point précis où l'art anglais bascule d'un âge à l'autre, et la preuve qu'un seul artiste de génie peut déplacer le goût de toute une cour.

Monuments associés (1)

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