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Illustre

Enea Silvio Piccolomini, dit Pie II

Pape de 1458 à 1464, humaniste et bâtisseur de Pienza

1405-1464·Pape·Corsignano / Pienza (Toscane)·mécénat · religion · lettres

Contributions & œuvres

Avant la tiare, Enea Silvio Piccolomini fut d'abord un homme de plume et de route. Secrétaire, diplomate, il sillonne l'Europe au service de conciles et de princes, observe les cours, écrit sans relâche. L'empereur Frédéric III le couronne poète : consécration rare qui dit tout de l'homme, lettré avant d'être prélat. De cette période datent ses œuvres les plus vivantes, dont l'« Historia de duobus amantibus », roman d'amour qui connaît un succès considérable à travers l'Europe. Ordonné prêtre sur le tard, il gravit les degrés de l'Église jusqu'au trône de saint Pierre en 1458, prenant le nom de Pie II.

Pape, il laisse les « Commentarii », récit de sa propre vie et de son pontificat : la seule autobiographie qu'un pape ait jamais léguée, document sans équivalent où l'humaniste continue de tenir la plume sous la tiare. Mais son geste le plus audacieux est de pierre. Il entreprend de transformer Corsignano, son village natal, en une cité repensée de fond en comble, rebaptisée Pienza en son honneur. Il confie le chantier à l'architecte Bernardo Rossellino : place harmonieuse, cathédrale, Palais Piccolomini s'y répondent selon une composition d'ensemble. Pienza passe pour la première « cité idéale » de la Renaissance réellement bâtie, l'idée humaniste d'une ville pensée comme une œuvre.

Anecdote mémorable

Devenu pape, Piccolomini savait que ses écrits de jeunesse — vers légers, roman d'amour licencieux, enfants naturels — pouvaient embarrasser le Saint-Siège. Sa réponse, restée célèbre, tient en une formule prêtée à sa plume : qu'on oublie Enea, qu'on retienne Pie. Manière élégante et un peu abrupte de tirer un trait sur l'homme d'avant, sans pour autant renier tout à fait le lettré qu'il n'a jamais cessé d'être — puisqu'il continue, pape, d'écrire son autobiographie.

Influences reçues

L'humanisme italien de son temps ; la culture des lettres classiques latines ; les milieux conciliaires et diplomatiques européens qu'il fréquenta ; l'architecture humaniste incarnée par Bernardo Rossellino et, en amont, les idées d'Alberti sur la ville. @@AVERIFIER lien direct Alberti / Pie II.

Influences exercées

Pienza comme modèle de ville conçue d'un seul projet, référence pour l'urbanisme de la Renaissance ; les « Commentarii » comme source historique de premier ordre ; sa production littéraire, largement diffusée avant son pontificat. Le mécénat des Piccolomini se prolongera dans sa famille.

Importance historique

Pie II occupe une place singulière : c'est le premier humaniste accompli à ceindre la tiare, celui qui fait entrer les lettres au cœur même de la papauté. Ses « Commentarii » restent l'unique autobiographie papale, fenêtre irremplaçable sur un pontificat et sur un homme. Pienza matérialise, à taille de village, le rêve renaissant d'une cité pensée comme une œuvre d'art. Son règne porte aussi sa part d'échec : la croisade contre les Turcs, obsession de ses dernières années, s'effondre à Ancône. Homme de mots, de pierres et de contradictions, il incarne le pont entre humanisme et pouvoir.

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