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Illustre

Marsilio Ficino, dit Marsile Ficin

Traducteur de Platon, âme de l'Académie néoplatonicienne de Florence

1433-1499·Philosophe et humaniste·Figline Valdarno (Toscane) / Florence·philosophie · humanisme · théologie

Contributions & œuvres

On lui doit un geste vertigineux : rendre Platon à l'Occident. Là où le Moyen Âge latin ne connaissait que des bribes, Marsile Ficin traduit en latin l'intégralité des dialogues de Platon — une première — puis les Ennéades de Plotin et le Corpus Hermeticum attribué à Hermès Trismégiste. D'un coup, toute une bibliothèque grecque devient lisible pour l'Europe savante.

Protégé de Cosme de Médicis, qui lui confie une villa à Careggi, puis de Laurent le Magnifique, il anime là l'Académie platonicienne de Florence — plus cercle de lettrés vivant que véritable institution, où l'on célèbre Platon comme un maître spirituel. De cet atelier de pensée sort son œuvre maîtresse, la Théologie platonicienne, qui entreprend de concilier Platon et le christianisme : immortalité de l'âme, dignité de l'homme placé au centre de la création, beauté sensible comprise comme un premier échelon vers Dieu.

C'est aussi Ficin qui forge la notion d'« amour platonique » : un amour qui, de la beauté d'un corps, s'élève vers la beauté idéale et divine. Ce cadre — l'âme aimantée par le beau, le monde traversé de correspondances — irrigue la culture de cour et nourrit l'imaginaire des artistes de son temps, de Botticelli à toute une génération florentine. Il traduit et commente, écrit des lettres innombrables, et fait de la philosophie une manière de vivre autant qu'un savoir.

Anecdote mémorable

Ficin ne cachait pas son propre tempérament : il se disait mélancolique, né sous Saturne, cet astre des songeurs et des solitaires réputé à la fois maléfique et propice au génie. Au lieu de subir cette humeur sombre, il la théorise. Dans son traité de médecine et d'hygiène de vie, il conseille aux esprits studieux — menacés par la même noirceur saturnienne — la lumière, la musique, les parfums, le vin léger, pour tenir la tristesse à distance. Rare cas d'un philosophe qui prescrit contre son propre mal, en transformant un fardeau intime en art de vivre pour tous les intellectuels.

Influences reçues

Platon ; Plotin et le néoplatonisme ; le Corpus Hermeticum attribué à Hermès Trismégiste ; saint Augustin et la tradition chrétienne ; le mécénat de Cosme puis Laurent de Médicis

Influences exercées

Pic de la Mirandole et l'humanisme florentin ; l'imaginaire néoplatonicien de Botticelli et des artistes de cour ; la notion durable d'« amour platonique » ; la pensée de la Renaissance sur l'âme, la beauté et la dignité de l'homme

Importance historique

Sans Ficin, la Renaissance ne serait pas tout à fait ce qu'elle fut. En rendant Platon lisible et en osant l'accorder à la foi chrétienne, il donne à son époque un langage neuf : l'homme au centre du monde, la beauté comme voie vers le divin, l'amour comme ascension. Ce vocabulaire déborde la philosophie et gagne la peinture, la poésie, les manières de cour. Prêtre frôlant la magie des astres, mélancolique assumé, il incarne l'humaniste total — traducteur, penseur, médecin des âmes — dont l'ombre plane sur tout le siècle qui suit.

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