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Portrait de Alfonso I d'Este

Illustre

Alfonso I d'Este

Duc de Ferrare, maître de l'artillerie, protecteur de l'Arioste et du Titien

1476-1534·Mécène·Ferrare·politique · mécénat · art de la guerre

Contributions & œuvres

Duc de Ferrare, Modène et Reggio à partir de 1505, Alfonso Ier d'Este règne sur l'une des plus brillantes cours de la Renaissance italienne — et il la défend le canon à la main. Sa marque, unique pour un prince, c'est l'artillerie : il ne se contente pas d'en commander, il s'y connaît en fondeur, suit la coulée du bronze, expérimente. Sa fonderie fait de l'armée ferraraise l'une des plus redoutées de la péninsule, et ses pièces pèsent lourd à la bataille de Ravenne, en 1512, où l'artillerie française et ferraraise écrase les lignes espagnoles et pontificales.

L'autre versant est somptueux. Alfonso aménage dans le Castello Estense un cabinet, les « Camerini d'alabastro », qu'il veut orner d'un cycle de tableaux mythologiques. Il s'adresse aux plus grands et commande au Titien trois chefs-d'œuvre — l'« Offrande à Vénus », la « Bacchanale des Andriens » et « Bacchus et Ariane » — véritable manifeste de la peinture profane et sensuelle du Cinquecento. À sa cour vit et écrit l'Arioste, dont le « Roland furieux » (Orlando furioso), publié en 1516, est dédié au frère du duc, le cardinal Hippolyte d'Este. @@AVERIFIER (part exacte du financement d'Alfonso lui-même dans la protection de l'Arioste)

Époux en troisièmes noces de Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI, Alfonso mêle ainsi son sang à celui d'une des dynasties les plus redoutées d'Italie.

Anecdote mémorable

Ce qui distingue Alfonso des autres princes mécènes, c'est la fumée de la fonderie. On raconte qu'il descendait lui-même auprès de ses fondeurs, surveillant la coulée du bronze et le calibre de ses bouches à feu — passion technique presque artisanale, rare chez un souverain de son rang. Ses canons portaient parfois des noms, comme des créatures vivantes, et faisaient trembler ses adversaires. Le même homme qui goûtait les nus mythologiques du Titien savait, la nuit venue, régler la portée d'une couleuvrine.

Influences reçues

La tradition de mécénat de la maison d'Este, cour lettrée et musicale de Ferrare ; l'alliance matrimoniale avec les Borgia ; le goût humaniste pour l'Antiquité mythologique qui inspire les commandes au Titien.

Influences exercées

Le Titien, dont les « Fêtes bacchiques » nourrissent toute la peinture profane vénitienne ; l'Arioste, protégé à Ferrare ; l'art de l'artillerie de campagne, dont Ravenne (1512) fait un tournant militaire ; le prestige durable du mécénat estense.

Importance historique

Alfonso Ier incarne le prince complet de la Renaissance : redoutable au combat, raffiné dans ses collections. Son nom reste attaché à trois toiles majeures du Titien et à la protection de l'Arioste, mais aussi à une révolution militaire — l'usage massif et savant de l'artillerie. Excommunié par Jules II pour avoir tenu tête à la papauté durant la guerre de la Ligue de Cambrai, il sut préserver son duché par le fer et la ruse, entre des voisins bien plus puissants. Peu de princes ont ainsi tenu ensemble les deux fils : la beauté commandée aux plus grands, et la guerre menée en personne.

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