✦ Illustre ✦
Nicolas de Haguenau
sculpteur
Contributions & œuvres
Actif à Strasbourg dès les années 1480, Nicolas de Haguenau y dirige un grand atelier de sculpture sur bois, fournissant retables et statues aux églises de toute la région. Vers 1490, il taille le corps sculpté du retable des Antonins d'Issenheim — les figures monumentales que Grünewald, une vingtaine d'années plus tard, viendra encadrer de ses volets peints : c'est la rencontre, dans une même œuvre, de deux des plus grands artistes de la Renaissance allemande. On lui attribue aussi le décor sculpté disparu de la cathédrale de Strasbourg. Son art, encore gothique par la ferveur mais déjà moderne par la vérité des visages et la puissance des drapés, marque l'apogée de la grande sculpture rhénane sur bois.
Anecdote mémorable
Pendant des siècles, on n'a parlé de l'Issenheim que pour ses peintures. Il a fallu attendre l'époque moderne pour rendre à Nicolas de Haguenau la paternité des statues qui en occupent le centre — et comprendre que le plus célèbre retable d'Allemagne est l'œuvre, à parts égales, d'un sculpteur et d'un peintre.
Influences reçues
La tradition des imagiers strasbourgeois et du Rhin supérieur ; le réalisme des primitifs flamands, diffusé jusqu'en Alsace.
Influences exercées
Son atelier essaime dans toute la vallée rhénane ; sa part du retable d'Issenheim fait de lui, aux côtés de Grünewald, une référence de la sculpture allemande.
Importance historique
On admire à Colmar les volets peints de Grünewald ; mais au cœur du retable d'Issenheim, quand tout s'ouvre, apparaît un autre chef-d'œuvre, de bois doré cette fois : les grandes statues de saint Antoine, saint Augustin et saint Jérôme, sculptées par Nicolas de Haguenau. Ce Strasbourgeois est l'un des plus grands imagiers rhénans de son temps. Sans lui, l'Issenheim ne serait qu'à moitié : la peinture y enveloppe la sculpture, et la sculpture lui donne son cœur. Longtemps éclipsé par le génie du peintre, il retrouve aujourd'hui sa juste place, à égalité avec lui.

