
Le psaume 87 des Souterliedekens, « Roepen, bidden, kermen ende claghen », mis à trois voix par Jacobus Clemens non Papa — Tielman Susato, Anvers, 1556.
Contributions & œuvres
Jacobus Clemens non Papa est l'un des polyphonistes les plus féconds de la génération qui suit Josquin, et l'un des plus attachants par son ancrage populaire. Né vers 1510-1515 dans les anciens Pays-Bas, il mène une carrière brève et mal documentée, entièrement passée en Flandre et en Hollande : succentor à la cathédrale de Bruges en 1544-1545, puis chanteur et compositeur pour l'Illustre Confrérie de Notre-Dame à Bois-le-Duc en 1550. En une quinzaine d'années à peine, il laisse une œuvre colossale — une quinzaine de messes-parodie, un requiem, plus de deux cent trente motets, près de quatre-vingt-dix chansons françaises — une fécondité stupéfiante qui le range, par le seul volume, parmi les tout premiers compositeurs de son siècle. Mais son geste le plus original est ailleurs : les Souterliedekens, premier recueil complet des cent cinquante psaumes mis en néerlandais et chantés sur des airs populaires du temps. En haussant des mélodies de rue à la dignité de la polyphonie sacrée, Clemens fait entrer la langue du peuple dans l'église — une audace toute de tendresse. Son style, coulant et chaleureux, privilégie la plénitude sonore et l'imitation souple héritée de Gombert. Publiés à Anvers par Tielman Susato peu après sa mort, les Souterliedekens connurent un succès de librairie considérable dans les Pays-Bas, tandis que ses motets circulaient dans toute l'Europe catholique. La nuance est celle de l'obscurité : on ignore presque tout de sa vie, son surnom même reste une énigme, et cette production immense en si peu d'années donne le sentiment d'un talent qui ne s'est jamais vraiment posé — mort avant quarante-cinq ans, enterré loin, à Dixmude, dans un quasi-anonymat.
Anecdote mémorable
Son étrange surnom, non Papa, a fait couler beaucoup d'encre. L'hypothèse la plus reçue veut qu'un éditeur l'ait ajouté par jeu, pour distinguer le compositeur soit du pape Clément VII, mort peu avant, soit d'un poète nommé Jacobus Papa qui vivait dans la même ville. Clemens, mais pas le Pape : une plaisanterie d'imprimeur devenue, pour la postérité, le nom d'un maître. Rien ne dit que l'intéressé l'ait jamais portée de son vivant. @@AVERIFIER
Influences reçues
Nicolas Gombert ; Josquin des Prez ; école franco-flamande
Influences exercées
Orlande de Lassus ; polyphonie des Pays-Bas ; tradition du psaume en langue vernaculaire
Importance historique
Clemens compte parce qu'il prolonge dans les Pays-Bas le langage de Gombert et donne à la polyphonie franco-flamande une couleur intime et populaire. Ses Souterliedekens, en mariant psaumes et airs du peuple, préfigurent la grande tradition du chant religieux en langue vernaculaire. On s'attache à cet homme presque sans biographie, dont le surnom malicieux et la musique généreuse ont traversé les siècles mieux que son visage.
