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Coupe en verre de Venise aux armes d'Anne de Bretagne

Verrerie

Coupe en verre de Venise aux armes d'Anne de Bretagne

Ateliers de Murano (Venise)

v. 1490–1510·Verre soufflé — cristallo, filigrane lattimo, émaillage à froid·Musée national de la Renaissance

Devant l'œuvre

Le verre de Murano était au XVIe siècle l'équivalent du silicium aujourd'hui : une technologie de pointe jalousement gardée. Les artisans vénitiens avaient droit d'épouser des nobles (faveur extraordinaire pour des artisans) mais il leur était interdit sous peine de mort de quitter Venise et d'enseigner leur art à des étrangers. Cette coupe aux armes d'Anne de Bretagne est un objet diplomatique ou royal, exhibé pour prouver le raffinement de son propriétaire.

Symbolisme & lecture iconographique

Les armes d'Anne de Bretagne sur un verre de Murano créent un objet hybride franco-vénitien : alliance entre le raffinement artisanal italien et le pouvoir politique français. Posséder du verre de Murano en 1500, c'est posséder la technologie la plus avancée du monde occidental.

Analyse des émotions

La transparence du verre avait au XVIe siècle une dimension presque surnaturelle — voir la lumière traverser un solide était une expérience associée à la pureté morale. Les théologiens utilisaient le verre traversé par la lumière comme métaphore de l'Immaculée Conception : la lumière divine pénètre la Vierge sans la 'souiller', comme un rayon de soleil traverse le verre sans le briser.

Secrets & mystères

Le 'cristallo' vénitien était le premier verre véritablement transparent jamais produit en grande quantité. Les verriers de Murano avaient découvert qu'en ajoutant du manganèse décolorant et en purifiant le sable, on obtenait un verre incolore comme le cristal de roche. Cette coupe combine le cristallo avec du filigrane lattimo : des fils de verre blanc laiteux torsadés dans la masse transparente pour former des motifs en dentelle. Le processus exact reste partiellement secret.

Le saviez-vous ?

Venise maintint son monopole du verre de qualité jusqu'au XVIIe siècle. En 1662, Colbert fit passer clandestinement des verriers de Murano à Saint-Gobain — la première 'espion industriel' de l'histoire. La manufacture de Saint-Gobain produisit ensuite les miroirs de la Galerie des Glaces de Versailles.

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