Histoire
Ce tombeau d'enfant compte parmi les plus émouvants de la Renaissance française. Il abrite les dépouilles des deux fils de Charles VIII et Anne de Bretagne, morts en bas âge à quelques années d'écart : Charles-Orland, héritier du trône, emporté par la rougeole à trois ans en 1495 ; Charles, son frère cadet, mort à vingt-cinq jours en 1496. Le couple royal, anéanti, commanda un monument à la hauteur de leur peine.
La conception est confiée vers 1499 au sculpteur tourangeau Michel Colombe (1430-1512), figure majeure de la transition entre gothique flamboyant et Renaissance, et au marbrier italien Jérôme de Fiesole (Girolamo da Fiesole), récemment arrivé en France après le retour des armées de Charles VIII de la campagne d'Italie. La rencontre entre la sensibilité française et la grammaire ornementale italienne donne naissance à l'un des premiers chefs-d'œuvre du nouveau style.
Sur une cuve en marbre noir veiné, deux gisants en marbre blanc représentent les enfants royaux endormis, mains jointes, vêtus de la robe d'apparat. Les visages, idéalisés, traduisent pourtant une douceur enfantine bouleversante. Les côtés de la cuve portent les armoiries royales et bretonnes, des chérubins, des candélabres, des médaillons à l'antique — vocabulaire ornemental directement importé de Florence. À l'origine, le tombeau se trouvait dans la basilique Saint-Martin de Tours ; il fut transféré dans la cathédrale Saint-Gatien après la destruction de Saint-Martin à la Révolution.
L'œuvre est restée exceptionnellement complète, ayant échappé aux vandalismes révolutionnaires. Elle constitue aujourd'hui un témoignage capital de la pénétration des modèles italiens dans la sculpture française du début du XVIe siècle.
À voir absolument
- Les deux gisants enfants en marbre blanc, dans des pauses de sommeil paisible — la délicatesse des paupières mi-closes est saisissante
- Les médaillons à profil antique sur les flancs de la cuve, inspirés directement de la numismatique romaine
- Les chérubins-cariatides aux angles, qui annoncent les putti baroques mais conservent une gravité gothique
- Les inscriptions latines sur les pourtours, qui chantent la douleur des parents royaux
- Les dauphins entrelacés symbolisant l'héritier (dauphin = titre du fils aîné du roi)
- Le socle en marbre noir veiné au polissage miroir, contrastant avec la blancheur des effigies
Anecdotes & secrets
Anne de Bretagne, deux fois reine de France (épouse successive de Charles VIII puis de Louis XII), perdit en réalité quatre enfants dans son union avec Charles VIII : aux deux garçons reposant à Tours s'ajoutent Charles, dauphin mort à quelques semaines (1499) et Anne morte à un mois (1498). De ses neuf grossesses connues, deux seulement aboutirent à des enfants atteignant l'âge adulte : Claude de France (future épouse de François Ier) et Renée. La mortalité infantile, terrible dans toute société d'Ancien Régime, accablait jusqu'aux familles royales.
Michel Colombe avait près de soixante-dix ans quand il reçut cette commande. Vieux maître formé dans la tradition gothique, il assimila les nouveautés italiennes apportées par Jérôme de Fiesole et André Solario avec une humilité remarquable. Son chef-d'œuvre absolu reste toutefois le tombeau de François II de Bretagne, qu'il acheva en 1507 dans la cathédrale de Nantes — voir fiche dédiée.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 19h (variations saisonnières), entrée libre. Le tombeau se trouve dans la chapelle Saint-Maurice, côté nord du déambulatoire. Combiner la visite avec celle de la cathédrale entière (chœur du XIIIe siècle, vitraux remarquables) ou avec le musée des Beaux-Arts voisin (ancien palais épiscopal). Tours est accessible en TGV depuis Paris (1h).
Contexte économique, social et religieux
Ce tombeau d'enfant compte parmi les plus émouvants de la Renaissance française. Il abrite les dépouilles des deux fils de Charles VIII et Anne de Bretagne, morts en bas âge à quelques années d'écart : Charles-Orland, héritier du trône, emporté par la rougeole à trois ans en 1495 ; Charles, son frère cadet, mort à vingt-cinq jours en 1496. Le couple royal, anéanti, commanda un monument à la hauteur de leur peine.






