Devant l'œuvre
Ce bijou est l'un des objets les plus chargés d'histoire du musée — peut-être de tous les musées français. Selon la tradition, ce reliquaire en or, rubis, perles et saphirs fut offert à Charlemagne par le calife Haroun ar-Rachid (l'un des personnages des Mille et Une Nuits) — un cadeau diplomatique entre les deux plus grands souverains du monde de leur époque. Quand l'Empereur fut exhumé à Aix-la-Chapelle en 1166 par Frédéric Barberousse, ce talisman fut trouvé autour de son cou. Il contient, selon la tradition, un fragment de la Vraie Croix et une mèche de cheveux de la Vierge. Napoléon en fut tellement fasciné qu'il le porta sur lui jusqu'à sa mort à Sainte-Hélène.
Symbolisme & lecture iconographique
Le talisman (mot qui vient de l'arabe 'tilasm' — objet magique protecteur) dit quelque chose sur la frontière entre la religion et la magie dans le Moyen Âge chrétien. Cette relique portée comme protection dit que même un Empereur chrétien croyait à la puissance protectrice d'un objet sacré porté sur le corps — une pratique que l'Église officielle condamnait comme superstition mais que la dévotion populaire perpétuait.
Analyse des émotions
Regarder ce petit bijou et savoir qu'il fut au cou de Charlemagne, que Napoléon le porta sur lui, qu'il traversa douze siècles de l'histoire européenne — c'est l'un de ces moments où l'objet de musée transcende sa matérialité pour devenir un lien direct avec l'histoire.
Secrets & mystères
L'histoire du Talisman de Charlemagne est un roman. Cadeau du calife au roi franc, porté par l'Empereur pendant des siècles, trouvé dans sa tombe en 1166, transmis à la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, puis arrivé à Reims à une date imprécise, puis entre les mains de Napoléon (qui le reçut de Joséphine de Beauharnais), puis légué par Napoléon à sa fille adoptive Hortense, puis restitué à la cathédrale de Reims par son fils le roi Louis-Philippe en 1839. Cette odyssée de douze siècles dit quelque chose sur la force symbolique des objets chargés d'histoire.
Le saviez-vous ?
Haroun ar-Rachid (763–809), le calife abbasside de Bagdad contemporain de Charlemagne, est l'un des personnages des Mille et Une Nuits — le 'bon calife' juste et généreux qui se déguise pour circuler incognito parmi ses sujets. Sa relation diplomatique avec Charlemagne est documentée par les chroniques carolingiennes : les deux souverains échangèrent des ambassades et des cadeaux. Parmi les présents de Haroun à Charlemagne, selon les textes : un éléphant (!) nommé Aboul-Abbas, et peut-être ce talisman.

