Devant l'œuvre
Comparez-le, en esprit, au David nu de Donatello tout proche dans le musée : ici, pas de rêverie, mais un gamin fier, campé sur ses jambes, la main au côté. Regardez le demi-sourire — cette pointe d'arrogance juvénile qui rend la figure si vivante. Cherchez, au sol, la tête de Goliath : elle est posée à part, comme un trophée présenté au spectateur. Approchez enfin de la tunique de cuir : les bords ciselés, les reflets dorés trahissent la main d'un orfèvre. Et demandez-vous, en fixant ce visage : est-ce vraiment celui du jeune Léonard ?
Éléments remarquables
Un jeune vainqueur, vif et fier, se tient jambes écartées, une main à la hanche, l'épée courte dans l'autre. À ses pieds, posée au sol, la tête coupée de Goliath. Contrairement au David de Donatello, celui-ci n'est pas nu : il porte une tunique de cuir courte, cintrée, aux bords ciselés, qui découvre les bras et les jambes d'un adolescent musclé mais gracile. Le visage esquisse un demi-sourire, entre insolence et satisfaction. Le bronze conserve par endroits des traces de dorure. Toute la figure respire l'énergie contenue d'un garçon sûr de sa victoire.
Signification historique et artistique
Verrocchio dialogue avec le David de bronze de Donatello, dressé dans la même Florence médicéenne, et prend le contre-pied : ni nudité rêveuse ni mélancolie, mais un vainqueur bien réel, habillé, alerte, presque insolent. L'accent se déplace de la méditation vers le caractère : un portrait d'adolescent triomphant. L'œuvre montre aussi la virtuosité de l'atelier le plus couru de Florence, celui où l'on ciselait le bronze comme de l'orfèvrerie — Verrocchio était orfèvre autant que sculpteur.
Contexte économique, social et religieux
Le bronze est daté vers 1473-1475 et fut commandé par les Médicis. En 1476, la famille le vendit à la Seigneurie de Florence, qui l'installa au Palazzo Vecchio ; la statue rejoignit le Bargello en 1865. C'est dans l'atelier de Verrocchio, à ces années-là, que travaillait le jeune Léonard de Vinci : une tradition tenace veut que le visage de ce David ait été inspiré par les traits de l'apprenti Léonard — séduisante, l'hypothèse reste invérifiable.
Symbolisme & lecture iconographique
Comme tout David florentin, il figure la victoire du juste et du faible sur le tyran, thème cher à la République et récupéré par les Médicis. Mais le costume et l'attitude déplacent le sens vers la vertu personnelle : le courage et l'assurance d'un jeune élu de Dieu. La tête posée à terre, séparée du corps du vainqueur, devient un signe clair de triomphe présenté au regard. L'épée courte et la posture ferme disent la force maîtrisée plutôt que la grâce contemplative.
Analyse des émotions
On sourit presque en retour : ce David est contagieux de jeunesse et d'aplomb. Là où Donatello inquiète, Verrocchio charme — il donne à voir la fierté simple, un peu crâne, d'un adolescent qui vient de gagner et le sait. La finesse du corps, la vivacité du regard, ce demi-sourire, tout invite à la sympathie plutôt qu'à la méditation. Et l'idée, même fragile, que ce visage soit celui du jeune Léonard ajoute au plaisir une émotion supplémentaire : contempler, peut-être, le portrait d'un génie à son aube.
Secrets & mystères
- Léonard de Vinci était apprenti chez Verrocchio à l'époque : la tradition veut qu'il ait servi de modèle pour le visage.
- Réponse directe au David nu de Donatello : ici le héros est vêtu, dressé, souriant.
- Verrocchio était orfèvre : le bronze est ciselé comme un bijou, avec traces de dorure.
- Vendu par les Médicis à la Seigneurie en 1476 et placé au Palazzo Vecchio.
- Entré au Bargello en 1865.
Le saviez-vous ?
Une légende de l'histoire de l'art s'accroche à ce bronze : le beau visage de David serait celui du plus fameux des apprentis de Verrocchio, le jeune Léonard de Vinci, alors dans la vingtaine et travaillant à l'atelier. Rien ne le prouve, aucun document ne l'atteste, mais l'idée est irrésistible — retrouver, figés dans le bronze d'un David vainqueur, les traits de l'homme qui allait peindre la Joconde. La tradition en a fait l'un des « et si » les plus séduisants de la Renaissance.
Commanditaire
La famille Médicis (les frères Laurent et Julien, ou Pierre de Médicis selon les sources) @@AVERIFIER

