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Bacchus (Bacco)

✦ Sculpture ✦

Bacchus (Bacco)

Jacopo Sansovino (Jacopo Tatti)

1510-1512·Marbre·Museo Nazionale del Bargello · Firenze

Devant l'œuvre

Suivez la ligne du bras droit levé : elle entraîne tout le corps vers le haut, dans un mouvement montant qui donne à l'ivresse une légèreté inattendue. Descendez ensuite vers le petit satyre accroupi contre la jambe : ce compagnon espiègle, qui vole un grain de raisin, humanise la scène et rompt la solennité. Faites le tour de l'œuvre : conçue pour un jardin, elle se donne sous plusieurs angles. Rappelez-vous enfin qu'au XVIe siècle ce Bacchus éclipsait celui de Michel-Ange : les copies, dessins et gravures se comptaient par dizaines.

Éléments remarquables

Un jeune dieu nu, debout, le corps souple et légèrement déhanché, lève haut de la main droite une coupe qu'il contemple, tandis que la gauche tient une grappe qu'un petit satyre accroupi vient grignoter à ses pieds. La chair est polie, tendre, presque vivante ; la couronne de pampres ceint les cheveux bouclés. L'attitude est celle de l'ivresse heureuse, mais tenue, élégante, sans lourdeur. Le regard suit le geste, vers la coupe levée : tout le corps monte avec le bras. Un examen attentif révèle des traces de l'incendie de 1762, qui endommagea l'œuvre au corridor des Offices.

Signification historique et artistique

Sansovino, tout jeune, ose se mesurer au Bacchus de Michel-Ange (1497) et à l'antique. Là où le Bacchus de Michel-Ange titube, ébranlé par le vin, celui de Sansovino célèbre l'ivresse comme une grâce ascendante : le corps ne vacille pas, il s'élève vers la coupe. C'est un manifeste de la Renaissance florentine du début du XVIe siècle, nourrie du néoplatonisme et de la redécouverte des formes antiques. L'œuvre connut une gloire immense : plus admirée et plus copiée en son temps que le Bacchus de Michel-Ange, elle servit de modèle aux peintres et sculpteurs.

Contexte économique, social et religieux

Commandée vers 1510-1512 par Giovanni Bartolini pour orner son jardin, dans le cadre du retour aux formes de l'Antiquité prôné par les cercles néoplatoniciens de Florence. Un premier versement est enregistré en mars 1510, le solde en 1512 Vers 1519, Benedetto da Rovezzano l'aurait élevée sur un socle polychrome Achetée plus tard par Cosimo Iᵉʳ, elle rejoignit ses collections vers 1550 et orna ses appartements au Palazzo Vecchio, aux côtés d'œuvres de Michel-Ange, Bandinelli et Cellini. Elle est au Bargello depuis 1879.

Symbolisme & lecture iconographique

Bacchus, dieu du vin et de l'ivresse créatrice, incarne l'abandon joyeux, la fécondité, l'inspiration qui délie. La coupe levée et contemplée dit l'extase plus que l'ébriété : c'est un enthousiasme presque spirituel, tel que l'entendait le néoplatonisme florentin, pour qui l'ivresse divine élève l'âme. La grappe et les pampres sont les attributs traditionnels du dieu ; le satyre, mi-homme mi-bête, figure la part animale et instinctive que Bacchus déchaîne. La nudité juvénile inscrit la figure dans la lignée des dieux antiques retrouvés.

Analyse des émotions

On est saisi par la grâce d'un corps qui ne pèse pas : l'ivresse, ici, n'est pas chute mais élan. Le visage tendre, presque perdu dans la contemplation de sa coupe, inspire une douceur rêveuse. Le petit satyre glouton fait sourire et rend la scène intime, familière. Contrairement au trouble inquiet du Bacchus de Michel-Ange, celui-ci diffuse une joie sereine, une jeunesse insouciante. On y sent le bonheur d'un sculpteur de vingt-cinq ans qui découvre sa maîtrise et célèbre, à travers un dieu, la beauté du corps vivant.

Secrets & mystères

  • Œuvre de jeunesse, elle rivalise ouvertement avec le Bacchus de Michel-Ange : là où celui-ci vacille, celui de Sansovino s'élève.
  • En son temps, elle fut plus célèbre et plus copiée que le Bacchus de Michel-Ange.
  • Conçue pour un jardin privé (Giovanni Bartolini), non pour une église ou une place.
  • Passée dans les collections de Cosimo Iᵉʳ, elle côtoya au Palazzo Vecchio les grands noms de la sculpture florentine.
  • Endommagée par l'incendie de 1762 au corridor ouest des Offices, puis restaurée.

Le saviez-vous ?

L'œuvre faillit disparaître : en 1762, un incendie ravagea le corridor ouest de la galerie des Offices, où elle était alors exposée, et l'endommagea sérieusement. Restaurée, elle survécut à la catastrophe qui détruisit tant d'autres pièces. Sa célébrité fut telle au XVIe et au XVIIe siècle que les copies, réductions en bronze, dessins et estampes se multiplièrent à travers l'Europe — un succès qui, longtemps, dépassa celui du Bacchus de Michel-Ange lui-même.

Commanditaire

Giovanni Bartolini, pour le jardin de sa demeure florentine @@AVERIFIER

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