Devant l'œuvre
Ce petit cahier d'écolier — des pages de latin maladroit, des exercices de grammaire, des notes de cours — appartint à Beatus Rhenanus quand il était élève à l'école latine de Sélestat, vers 1495–1503. C'est le document le plus intime de toute la bibliothèque : l'écriture d'un enfant de dix ans qui apprend le latin, qui fait des fautes, qui corrige, qui recommence. Beatus Rhenanus allait devenir l'un des plus grands érudits de l'humanisme européen, ami d'Érasme, éditeur de Tacite et de Pline, anobli par Charles Quint. Ce cahier est son point de départ.
Symbolisme & lecture iconographique
Le cahier d'écolier est le symbole de la transmission — la chaîne qui va du maître à l'élève, de l'école à l'humaniste, de l'humaniste à la bibliothèque qu'il lèguera à sa ville. Beatus Rhenanus a appris dans ce cahier le latin qui lui permettrait de lire les auteurs antiques, de les éditer, de les commenter, de les transmettre à son tour à une Europe entière.
Analyse des émotions
Un cahier d'écolier du XVe siècle provoque une émotion de reconnaissance universelle — les exercices de grammaire, les corrections, les ratures, la progression visible d'une main qui s'assure : c'est l'enfance de n'importe lequel d'entre nous, déplacée de cinq siècles. L'enfant qui apprend dans ce cahier ne sait pas encore qu'il deviendra Beatus Rhenanus. Ce ne sait jamais qui on deviendra.
Secrets & mystères
L'école latine de Sélestat était extraordinairement célèbre dans l'Europe du XVe–XVIe siècle — au début du XVIe siècle, elle comptait près de mille élèves, venus d'Allemagne, de Suisse, des Pays-Bas. Son directeur Louis Dringenberg (1441–1477) avait introduit une pédagogie humaniste révolutionnaire : lire les auteurs latins classiques directement (Virgile, Cicéron, Térence) plutôt que les manuels scolaires médiévaux. Cette méthode forma plusieurs générations d'humanistes rhénans. Érasme lui-même rendit hommage à Sélestat en composant en 1515 un éloge de la ville — imprimé à Bâle par l'éditeur Froben.
Le saviez-vous ?
Beatus Rhenanus avait écrit sur la page de garde de plusieurs de ses livres une formule latine : 'Sum Beati Rhenani nec muto dominum' — 'J'appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître.' Ce signe de propriété-fidélité dit quelque chose de l'attachement des humanistes à leurs livres. Quand il légua sa bibliothèque à Sélestat en 1547, il changeait de maître tout en restant fidèle à sa ville — une autre façon de ne pas changer de maître.

