Devant l'œuvre
Terminez votre visite par la baie 7, la Résurrection, peinte en 1551 : c'est l'une des dernières œuvres de Jean Lécuyer, et sans doute l'une des plus belles de l'église — Émile Mâle, le grand historien de l'art religieux, l'admirait. Lisez-la de bas en haut. En bas, voyez les soldats romains censés garder le tombeau : les voilà endormis, renversés, stupéfaits, dépassés par ce qui arrive. Au-dessus, le Christ ressuscité s'élève, triomphant de la mort. Et maintenant, levez les yeux jusqu'au tympan, tout en haut : regardez bien, car le verrier a glissé là un détail savoureux. Du Christ qui monte au ciel lors de l'Ascension, vous ne verrez plus que ses jambes et ses pieds nus qui dépassent du nuage — le reste a déjà disparu dans la nuée. C'est toute la finesse et l'humour de l'époque. En bas, les armoiries rappellent le donateur, Claude Fauconnier, de la même famille qui avait offert, sept ans plus tôt, le vitrail de saint Claude.
Éléments remarquables
Le registre des soldats offre au verrier un morceau de bravoure : corps assoupis, postures renversées, visages hébétés, autant d'attitudes variées qui animent le bas de la composition et font valoir, par contraste, la sérénité glorieuse du Christ. Le détail du tympan — seules les jambes et les pieds nus du Ressuscité émergeant du nuage à l'Ascension — est une trouvaille narrative pittoresque, caractéristique de l'époque. L'ensemble se distingue par la richesse colorée et la qualité du dessin, qui valurent à la verrière l'admiration d'Émile Mâle. Les armes des Fauconnier occupent le soubassement.
Signification historique et artistique
La Résurrection est le cœur de la foi chrétienne : la victoire du Christ sur la mort, promesse de salut pour les fidèles. En plaçant au registre inférieur les gardes romains terrassés, la verrière oppose la puissance terrestre, impuissante et aveugle, à la puissance divine qui la déborde. Le tympan de l'Ascension couronne le propos : après avoir vaincu la mort, le Christ quitte le monde visible pour rejoindre le Père. Pour le donateur Claude Fauconnier, placer sa chapelle sous le signe du Ressuscité, c'est inscrire son espérance personnelle de résurrection dans l'image la plus haute du dogme.
Contexte économique, social et religieux
La verrière s'inscrit dans la seconde vague d'ornementation de l'église reconstruite après 1511, celle des grandes commandes des Fauconnier au milieu du XVIᵉ siècle : après la Vie de saint Claude de 1544, Claude Fauconnier offre en 1551 cette Résurrection, peut-être en pendant spirituel. Jean Lécuyer est alors un maître âgé, installé à Bourges depuis les années 1520, auteur de verrières à la cathédrale (vitrail Tullier, 1532) et dans plusieurs églises de la ville. La Résurrection de 1551 est l'une de ses dernières œuvres attestées ; elle témoigne de la permanence de son atelier et de son prestige dans les années qui précèdent sa disparition en 1556.
Symbolisme & lecture iconographique
Le Christ ressuscité est généralement figuré portant l'étendard de la victoire sur la mort et montrant ses plaies glorieuses, signes de son triomphe. Les soldats endormis incarnent l'aveuglement du monde face au mystère pascal, selon le récit évangélique de la garde du tombeau. À l'Ascension du tympan, les pieds nus disparaissant dans la nuée renvoient à la tradition selon laquelle le Christ s'élève par sa propre puissance, échappant à la vue des disciples : la nuée est le signe biblique de la présence divine qui dérobe au regard. L'ascension verticale de la composition, du tombeau vaincu vers le ciel, traduit plastiquement le mouvement du salut.
Analyse des émotions
La verrière soulève le regard de bas en haut, du désordre des gardes terrassés jusqu'à la gloire paisible du Ressuscité et à la disparition du Christ dans la nuée. De ce mouvement ascendant naît une émotion de triomphe lumineux, où la stupeur des soldats, presque comique, rehausse par contraste la majesté du miracle. Le détail des pieds nus suspendus dans le nuage, insolite, arrache un sourire ému autant qu'il émerveille.
Secrets & mystères
La baie 7 n'est pas signée : son attribution à Lécuyer repose sur le style et sur la cohérence avec la verrière signée de 1544, ainsi que sur la commande de la même famille Fauconnier. Datée de 1551, elle est l'une des dernières œuvres connues du maître, mort en 1556. Elle a subi de nombreuses restaurations au cours des siècles, en particulier au XXᵉ siècle ; la part respective des verres d'origine et des compléments mériterait d'être précisée par l'étude du Corpus Vitrearum, les sources courantes ne la détaillant pas.
Le saviez-vous ?
Le saviez-vous ? Au sommet de la verrière, pour figurer l'Ascension, Jean Lécuyer n'a peint du Christ montant au ciel que les jambes et les pieds nus dépassant d'un nuage. Ce parti pris, loin d'être une maladresse, était une convention appréciée de la fin du Moyen Âge : il signifiait que le Christ s'était élevé si haut qu'il échappait déjà au regard des hommes.




