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La Joconde au Clos Lucé — Témoignage d'Antonio de Beatis (1517), Léonard de Vinci

✦ Peinture ✦

La Joconde au Clos Lucé — Témoignage d'Antonio de Beatis (1517)

Léonard de Vinci

v. 1503–1517 (terminée probablement au Clos Lucé)·Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

C'est au Clos Lucé que la Joconde a vécu ses dernières années avant d'entrer dans les collections royales françaises. Léonard l'avait transportée à dos de mulet depuis Rome, dans des sacoches de cuir, comme ses carnets. Le 10 octobre 1517, Antonio de Beatis, secrétaire du Cardinal d'Aragon, visite Léonard dans sa demeure d'Amboise. Dans son journal, il décrit trois tableaux que le vieux maître lui présente : 'celui d'une dame de Florence peinte au naturel sur ordre de feu Julien de Médicis' — la Joconde. 'Une figure de saint Jean-Baptiste tout jeune.' 'Une Vierge avec l'Enfant assis sur les genoux de sainte Anne.' Toutes trois 'sont d'une rare perfection', note le secrétaire.

Symbolisme & lecture iconographique

Le sfumato de la Joconde — cette technique de flou des contours qui fait que le sourire semble apparaître et disparaître selon l'angle du regard — est la signature visuelle de la philosophie de Léonard : le monde est flou, les frontières entre les choses sont incertaines, la réalité se dérobe à la saisie directe. Peindre le sfumato, c'est peindre l'épistémologie de Léonard.

Analyse des émotions

Imaginer la Joconde dans cette chambre du Clos Lucé — posée sur un chevalet, dans la lumière de la Loire, regardée par son créateur vieillissant qui l'avait peinte trente ans plus tôt — est l'un des voyages mentaux les plus vertigineux que l'histoire de l'art propose. Léonard n'a jamais vendu ce tableau. Il l'a gardé toute sa vie. C'est peut-être l'indice le plus éloquent de ce qu'il représentait pour lui.

Secrets & mystères

La Joconde était-elle achevée lors du voyage en France ? La question est débattue. Certains historiens pensent que Léonard y travaillait encore au Clos Lucé — les analyses techniques révèlent des couches de peinture superposées sur plusieurs décennies, et certains détails du paysage de fond pourraient dater des années 1516–1519. Si c'est le cas, le sfumato des montagnes de fond a peut-être été finalisé au bord de la Loire, et non en Toscane. François Ier acheta la Joconde à la mort de Léonard — pour 4 000 florins selon certaines sources. Elle entra ainsi dans les collections royales françaises et ne quitta plus jamais la France.

Le saviez-vous ?

La Joconde fut volée au Louvre le 21 août 1911 par Vincenzo Peruggia, un ouvrier italien qui l'avait cachée deux ans dans son appartement parisien avant de tenter de la vendre à un antiquaire de Florence. L'affaire fit la une de tous les journaux mondiaux et transforma définitivement la Joconde en icône planétaire. Avant le vol, elle n'était pas le tableau le plus célèbre du Louvre.

Continuer sur La Joconde (La Gioconda / Monna Lisa) en Italie · Musée du Louvre, Salle des États (aile Denon), Paris

Sources

  1. 1.Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

1452-1519

Artiste / Savant / Ingénieur

Rôle : Génie universel — vit ses dernières années en France à Amboise

À l'automne 1516, âgé de soixante-quatre ans, Léonard franchit les Alpes à dos de mulet avec son disciple Francesco Melzi et son serviteur milanais Battista de Villanis. François Iᵉʳ, qui l'a rencontré près de Bologne et que fascine le vieux maître, l'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui le Clos Lucé, à un jet de pierre du château royal d'Amboise. Il lui accorde un titre inédit, « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », et une rente que les écrits situent autour de sept cents écus d'or par an : une fortune, pour une charge qui n'exige presque rien sinon la présence et la conversation. Car le roi ne veut pas des tableaux de Léonard, il veut Léonard. L'Italien apporte dans ses coffres trois panneaux qu'il ne cédera jamais et qui, par lui, deviennent français : une Joconde, une sainte Anne, un saint Jean-Baptiste, socle lointain des collections du Louvre. À Amboise, sa main droite se paralyse peu à peu ; il peint peu, mais il pense sans relâche. Il remplit ses carnets de projets pour le roi : l'assèchement de la Sologne et un vaste canal reliant la Loire à la Saône, un palais neuf et une ville idéale à Romorantin, jamais bâtis mais rêvés jusqu'au moindre escalier. Il règle les fêtes de cour, met en scène le lion mécanique qui s'ouvre sur un parterre de lys, dessine des décors et des machines de spectacle. Son ombre plane aussi sur le grand chantier ouvert non loin : l'escalier à double révolution de Chambord, ces deux vis qui montent sans se croiser, porte une signature toute léonardesque, mais aucun document ne prouve sa participation et l'attribution reste débattue @@AVERIFIER. La nuance est là, dans cette dernière saison : la France ne reçut pas le peintre à son apogée mais un vieil homme diminué, plus précieux comme oracle que comme exécutant, dont l'héritage tient moins à une œuvre nouvelle qu'à trois tableaux emportés et à une aura offerte à un royaume.

Origine : Vinci (Toscane, Italie)

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