HitsMap
La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne — Référence au tableau du Clos Lucé, Léonard de Vinci

✦ Peinture ✦

La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne — Référence au tableau du Clos Lucé

Léonard de Vinci

v. 1503–1519 (original au Louvre)·Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

La Vierge, l'Enfant et sainte Anne est le tableau le plus mystérieux des trois que Léonard transporta au Clos Lucé. Sa composition est unique dans l'histoire de la peinture : trois générations dans un seul espace pictural — Anne assise, Marie assise sur les genoux d'Anne, Jésus debout sur les genoux de Marie, jouant avec un agneau. La pyramide humaine est instable, vivante, en mouvement. Chaque figure regarde dans une direction différente : Anne vers nous, Marie vers Jésus, Jésus vers l'agneau. Une conversation visuelle triangulaire.

Symbolisme & lecture iconographique

L'agneau tenu par le Christ enfant est le symbole de la Passion future — 'l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde'. En représentant Jésus enfant jouant avec l'agneau-symbole de sa propre mort, Léonard crée une image de la destinée inscrite dans la naissance. Sainte Anne, qui sourit en regardant la scène depuis sa position dominante, est celle qui sait — la sagesse divine qui voit l'ensemble du plan.

Analyse des émotions

Ce tableau provoque un malaise doux que peu de tableaux créent : quelque chose ne va pas dans la composition, quelque chose résiste à la compréhension immédiate. La position d'Anne — souriant comme si elle voyait quelque chose que nous ne voyons pas — l'agneau que Jésus étreint avec une tendresse inquiète (l'agneau qui préfigure le Christ sacrifié) — le regard de Marie vers son fils avec une expression impossible à nommer : tendresse ? angoisse ? acceptation ? Ce tableau refuse d'être simple.

Secrets & mystères

Pourquoi Léonard a-t-il gardé ce tableau toute sa vie, comme la Joconde ? Les analyses scientifiques du tableau (réflectographie infrarouge, 2011, Louvre) ont révélé plusieurs états successifs — Léonard a entièrement repensé la composition au moins deux fois. Le 'Carton de Londres' (National Gallery) montre une composition intermédiaire sans l'agneau mais avec un saint Jean Baptiste enfant. Pourquoi abandonner saint Jean ? Pourquoi ajouter l'agneau ? Ces repentirs s'étendent sur au moins quinze ans de travail — un tableau que Léonard a recommencé et abandonné et repris comme on revient à une méditation.

Le saviez-vous ?

En 2011, la restauration de ce tableau au Louvre fut accompagnée d'une exposition polémique : certains spécialistes voulaient une restauration plus agressive (enlever les repeints anciens), d'autres s'y opposaient. La controverse révéla que même après cinq siècles, Léonard de Vinci continue de créer des querelles dans le monde de l'art.

Continuer sur La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne (Sant'Anna, la Vergine e il Bambino) en Italie · Musée du Louvre (aile Denon), Paris

Sources

  1. 1.Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

1452-1519

Artiste / Savant / Ingénieur

Rôle : Génie universel — vit ses dernières années en France à Amboise

À l'automne 1516, âgé de soixante-quatre ans, Léonard franchit les Alpes à dos de mulet avec son disciple Francesco Melzi et son serviteur milanais Battista de Villanis. François Iᵉʳ, qui l'a rencontré près de Bologne et que fascine le vieux maître, l'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui le Clos Lucé, à un jet de pierre du château royal d'Amboise. Il lui accorde un titre inédit, « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », et une rente que les écrits situent autour de sept cents écus d'or par an : une fortune, pour une charge qui n'exige presque rien sinon la présence et la conversation. Car le roi ne veut pas des tableaux de Léonard, il veut Léonard. L'Italien apporte dans ses coffres trois panneaux qu'il ne cédera jamais et qui, par lui, deviennent français : une Joconde, une sainte Anne, un saint Jean-Baptiste, socle lointain des collections du Louvre. À Amboise, sa main droite se paralyse peu à peu ; il peint peu, mais il pense sans relâche. Il remplit ses carnets de projets pour le roi : l'assèchement de la Sologne et un vaste canal reliant la Loire à la Saône, un palais neuf et une ville idéale à Romorantin, jamais bâtis mais rêvés jusqu'au moindre escalier. Il règle les fêtes de cour, met en scène le lion mécanique qui s'ouvre sur un parterre de lys, dessine des décors et des machines de spectacle. Son ombre plane aussi sur le grand chantier ouvert non loin : l'escalier à double révolution de Chambord, ces deux vis qui montent sans se croiser, porte une signature toute léonardesque, mais aucun document ne prouve sa participation et l'attribution reste débattue @@AVERIFIER. La nuance est là, dans cette dernière saison : la France ne reçut pas le peintre à son apogée mais un vieil homme diminué, plus précieux comme oracle que comme exécutant, dont l'héritage tient moins à une œuvre nouvelle qu'à trois tableaux emportés et à une aura offerte à un royaume.

Origine : Vinci (Toscane, Italie)

Voir la fiche complète du peintre →

À voir aussi