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Saint Jean-Baptiste — Référence au tableau du Clos Lucé, Léonard de Vinci

✦ Peinture ✦

Saint Jean-Baptiste — Référence au tableau du Clos Lucé

Léonard de Vinci

v. 1513–1516 (original au Louvre)·Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce tableau est le plus troublant de Léonard — et c'est peu dire. Saint Jean-Baptiste, le prophète sévère et ascète des Évangiles, est représenté comme un jeune homme séduisant, androgyne, aux longs cheveux bouclés, avec un sourire ambigu et un doigt pointé vers le haut. Ce doigt levé est la signature de Léonard dans ses œuvres tardives — on le retrouve dans la Vierge aux rochers et dans Saint Jean-Baptiste. Il signifie la transcendance : 'regarde là-haut, vers ce qui est au-delà.' Mais la bouche sourit à quelque chose qui nous échappe.

Symbolisme & lecture iconographique

Le doigt pointé vers le haut dans les œuvres de Léonard est un geste de révélation mystique — il désigne le divin, l'au-delà, la vérité transcendante que les mots ne peuvent pas dire. Saint Jean-Baptiste est, dans le récit évangélique, celui qui 'prépare le chemin du Seigneur' — l'annonciateur. Ce geste du doigt est donc littéralement sa fonction narrative : je vous annonce quelque chose de plus grand que moi.

Analyse des émotions

Ce tableau crée un inconfort persistant précisément parce qu'il ne rentre dans aucune case. Ce n'est pas un beau saint — la beauté est trop trouble. Ce n'est pas un saint effrayant — le sourire est trop doux. C'est une figure à la frontière entre plusieurs identités et plusieurs émotions, et cette frontière est l'endroit où Léonard travaillait.

Secrets & mystères

Ce tableau a profondément choqué les contemporains et continue de diviser les historiens. Qui est ce saint Jean si peu sévère, si peu prophétique, si peu austère ? Certains chercheurs ont proposé que le modèle était Salai — le disciple-compagnon mystérieux de Léonard, dont le nom signifie 'petit diable', et qui était célèbre pour sa beauté. La relation entre Léonard et Salai, sur laquelle les documents de l'époque sont délibérément flous, a alimenté des spéculations sans fin. Ce qui est certain : Léonard a représenté Jean-Baptiste à l'inverse de toute la tradition iconographique — ni ascète ni prophète menaçant, mais une figure séduisante et mystérieuse.

Le saviez-vous ?

Saint Jean-Baptiste fut le dernier tableau peint par Léonard — achevé probablement à Rome avant son départ pour la France. Il mourut peu après avoir peint ce tableau ultime représentant l'annonciateur de la mort et de la résurrection. La coïncidence est troublante.

Continuer sur Saint Jean-Baptiste (San Giovanni Battista) en Italie · Musée du Louvre (aile Denon), Paris

Sources

  1. 1.Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

1452-1519

Artiste / Savant / Ingénieur

Rôle : Génie universel — vit ses dernières années en France à Amboise

À l'automne 1516, âgé de soixante-quatre ans, Léonard franchit les Alpes à dos de mulet avec son disciple Francesco Melzi et son serviteur milanais Battista de Villanis. François Iᵉʳ, qui l'a rencontré près de Bologne et que fascine le vieux maître, l'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui le Clos Lucé, à un jet de pierre du château royal d'Amboise. Il lui accorde un titre inédit, « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », et une rente que les écrits situent autour de sept cents écus d'or par an : une fortune, pour une charge qui n'exige presque rien sinon la présence et la conversation. Car le roi ne veut pas des tableaux de Léonard, il veut Léonard. L'Italien apporte dans ses coffres trois panneaux qu'il ne cédera jamais et qui, par lui, deviennent français : une Joconde, une sainte Anne, un saint Jean-Baptiste, socle lointain des collections du Louvre. À Amboise, sa main droite se paralyse peu à peu ; il peint peu, mais il pense sans relâche. Il remplit ses carnets de projets pour le roi : l'assèchement de la Sologne et un vaste canal reliant la Loire à la Saône, un palais neuf et une ville idéale à Romorantin, jamais bâtis mais rêvés jusqu'au moindre escalier. Il règle les fêtes de cour, met en scène le lion mécanique qui s'ouvre sur un parterre de lys, dessine des décors et des machines de spectacle. Son ombre plane aussi sur le grand chantier ouvert non loin : l'escalier à double révolution de Chambord, ces deux vis qui montent sans se croiser, porte une signature toute léonardesque, mais aucun document ne prouve sa participation et l'attribution reste débattue @@AVERIFIER. La nuance est là, dans cette dernière saison : la France ne reçut pas le peintre à son apogée mais un vieil homme diminué, plus précieux comme oracle que comme exécutant, dont l'héritage tient moins à une œuvre nouvelle qu'à trois tableaux emportés et à une aura offerte à un royaume.

Origine : Vinci (Toscane, Italie)

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