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Allégorie de l'Automne (Histoire d'Esther)

Peinture

Allégorie de l'Automne (Histoire d'Esther)

Sandro Botticelli (Florence, 1445–1510) et Filippino Lippi

Devant l'œuvre

Ce long panneau horizontal décoratif (une 'spalliera' — panneau destiné à s'insérer dans un lambris de chambre) est un Botticelli — ou plutôt un Botticelli achevé par son élève Filippino Lippi. La collaboration entre les deux artistes florentins, caractéristique des grands ateliers de la Renaissance, rend parfois difficile de distinguer leurs mains. Le sujet — l'Histoire d'Esther, la reine juive qui sauva son peuple de l'extermination ordonnée par Aman — est traité comme une séquence narrative en trois scènes, lues de gauche à droite.

Symbolisme & lecture iconographique

Esther, reine juive dans une cour perse, est le symbole de l'intercesseur — celui ou celle qui plaide pour les autres au prix de sa propre vie. Dans la tradition chrétienne, elle est une préfiguration de la Vierge Marie intercédant pour les pécheurs auprès du Christ-Roi. Ce tableau florentin, commandé pour une chambre de palais, était donc à la fois décoration et méditation spirituelle.

Analyse des émotions

Botticelli est le peintre de l'élégance en mouvement — ses figures semblent toujours sur le point de danser ou de s'envoler. Esther dans ce panneau est une figure à la fois fragile et déterminée, prise entre la peur (elle risque la mort en se présentant sans être convoquée devant le roi) et le courage de sauver son peuple. Botticelli traduit cette tension dans le galbe du corps, l'inclinaison de la tête, la légèreté des pieds.

Secrets & mystères

L'attribution de ce tableau a oscillé entre Botticelli pur, Botticelli et Filippino Lippi, et Filippino Lippi seul, selon les époques et les experts. La recherche actuelle penche vers une collaboration — Botticelli aurait dessiné la composition et peint les principales figures, Filippino Lippi aurait complété les secondaires et les fonds. Mais aucun document ne confirme cette collaboration. C'est une attribution sur style — la plus fragile qui soit en histoire de l'art.

Le saviez-vous ?

Botticelli est mort en 1510, vingt ans après la période de sa gloire, dans une relative obscurité. Les Médicis étaient chassés de Florence, le mécénat s'était tari, Savonarole avait brûlé les 'vanités' dans un grand bûcher en 1497. Botticelli avait peut-être brûlé lui-même certaines de ses peintures profanes. Sa redécouverte au XIXe siècle par les préraphaélites britanniques (Burne-Jones, Rossetti) lui donna la célébrité mondiale qu'il n'avait pas eue de son vivant.