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Saint Jérôme

Peinture

Saint Jérôme

Léonard de Vinci

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Voici un tableau qui n'a jamais été fini — et c'est précisément ce qui le rend inestimable. Vers 1480-1482, à Florence, un Leonardo encore jeune s'attaque à une figure de saint Jérôme pénitent. Il pose sa composition, monte ses ombres, commence à sculpter les chairs dans un camaïeu de bruns et de verts. Puis il s'arrête. Le panneau restera à l'état d'ébauche, abandonné comme le sera plus tard tant de ses projets. Ce que nous regardons n'est donc pas une image achevée : c'est un chantier suspendu, l'atelier de Leonardo figé en pleine phase de travail.

Le sujet appartient à la longue tradition du saint ermite. Jérôme, l'un des grands Pères de l'Église, traducteur de la Bible en latin, était souvent représenté retiré au désert, faisant pénitence. Ici, il est agenouillé, décharné, le corps réduit à ses tendons et à ses os. Sa main droite tient une pierre dont il se frappe la poitrine — le geste classique de la mortification. Le visage émacié se lève, la bouche entrouverte, comme happé par une vision ou par la douleur.

À ses pieds, un lion est couché : l'attribut immanquable du saint, né de la légende où Jérôme aurait retiré une épine de la patte de l'animal, qui lui serait resté fidèle. La bête ancre la figure dans son iconographie et introduit dans la scène une masse sombre et sinueuse.

Mais l'intérêt majeur de ce tableau tient à son inachèvement même. Parce que Leonardo s'est arrêté au stade de la sous-peinture, nous voyons ce qu'un tableau terminé cache toujours : la méthode. Le cou, les épaules, la cage musculaire du saint apparaissent comme une étude anatomique mise à nu — la façon même dont l'artiste construisait un corps avant de l'habiller de couleur.

Symbolisme & lecture iconographique

  • La pierre dans la main : instrument de la pénitence, elle sert à la mortification volontaire ; le saint se frappe la poitrine pour expier.
  • Le corps décharné : signe de l'ascèse, du jeûne et du renoncement de l'ermite au désert.
  • Le lion couché : attribut de saint Jérôme, emblème de la fidélité et de la sauvagerie apprivoisée par la sainteté.
  • Le visage levé, bouche ouverte : élan vers le divin, tension de la prière ou de la vision — le corps tout entier tendu hors de lui-même. @@AVERIFIER (l'interprétation exacte de l'expression — extase, souffrance, cri — reste discutée)

Analyse des émotions

Ce qui saisit ici, c'est l'intensité d'un homme au bord de lui-même. Tout, dans la figure, exprime la privation et l'effort : la maigreur, la torsion du cou, la main levée pour frapper. Le regard tourné vers le haut suggère une âme entièrement aspirée par autre chose que son propre corps. Et parce que le tableau est resté en brun et vert, sans l'éclat des couleurs finales, cette souffrance nous parvient comme une esquisse à vif — dépouillée, presque plus vraie que si elle avait été achevée.

Secrets & mystères

  • Le tableau est inachevé : Leonardo l'a laissé au stade de la sous-peinture, un camaïeu monochrome brun-vert, sans jamais poser les couches de couleur définitives.
  • Ce que l'on regarde est donc la méthode de Leonardo à nu : on distingue l'étude anatomique du cou, des épaules et des muscles, construite avant l'habillage de couleur.
  • Le support est un panneau de noyer, et non de peuplier — un bois plus dense, apprécié pour la peinture.
  • La tradition rapporte que le panneau aurait été retrouvé découpé en deux morceaux au XIXe siècle : le corps aurait servi de plateau ou de dessus de tabouret chez un brocanteur, tandis que la tête aurait été repérée séparément chez un cordonnier — les deux fragments ayant ensuite été réunis. @@AVERIFIER (récit célèbre mais à présenter avec prudence : la tradition en donne des versions variables)
  • La figure du lion, encore à l'état d'ébauche, montre comment Leonardo disposait une masse animale sinueuse au premier plan pour équilibrer la composition.

Le saviez-vous ?

La destinée matérielle de ce panneau nourrit l'une des histoires les plus racontées de l'histoire de l'art. La tradition veut qu'au XIXe siècle le tableau ait été retrouvé coupé en deux : une partie recyclée en meuble chez un antiquaire, l'autre — la tête du saint — dénichée par hasard chez un cordonnier, avant que les morceaux ne soient rassemblés pour reconstituer l'œuvre. Récit spectaculaire, souvent répété, qu'il vaut mieux transmettre au conditionnel : « la tradition rapporte ». @@AVERIFIER (détails et lieux exacts variables selon les sources)

Le peintre

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

1452-1519

Artiste / Savant / Ingénieur

Rôle : Génie universel — vit ses dernières années en France à Amboise

Invité par François Iᵉʳ en 1516, il s'installe au Clos Lucé à Amboise jusqu'à sa mort (1519). Apporte avec lui la Joconde, La Vierge aux rochers et la Sainte Anne. Conçoit des projets d'ingénierie pour la cour de France (canaux de la Sologne, projet de ville idéale). Discute d'art, de philosophie et de science avec François Iᵉʳ qui lui rend visite presque quotidiennement. Meurt dans les bras du roi selon la tradition.

Origine : Vinci (Toscane, Italie)

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