
Contributions & œuvres
Luca Signorelli est l'homme qui a fait du corps humain le véritable sujet de la peinture. Là où ses contemporains habillaient leurs figures de drapés savants, lui les dénude, les cambre, les torsionne. Sa grande affaire, c'est l'anatomie en mouvement : le muscle qui se contracte, le dos qui se plie sous l'effort, la jambe qui prend appui. Il ne peint pas des corps immobiles et sereins, il peint des corps qui agissent, qui luttent, qui souffrent. Cette obsession du nu vivant fait de lui l'un des grands défricheurs de la Renaissance italienne.
Son chef-d'œuvre, celui qui suffirait à sa gloire, ce sont les fresques de la chapelle San Brizio, dans le Dôme d'Orvieto, réalisées à l'aube du XVIe siècle. Sur ces murs, Signorelli déploie un Jugement dernier vertigineux : la Résurrection des morts, où des squelettes se recouvrent lentement de chair et se hissent hors de terre ; les Damnés emportés par des démons ; les élus rassemblés dans la lumière. C'est un peuple entier de corps puissants, athlétiques, saisis dans des poses d'une audace inouïe pour l'époque. La violence des scènes apocalyptiques n'est jamais gratuite : elle sert une méditation grandiose sur la mort et le salut.
Ce qui frappe, c'est l'ampleur du geste. Signorelli ose le nu héroïque à grande échelle, mural, monumental, quand la nudité restait le plus souvent cantonnée à des figures secondaires ou à de petits formats. Il compose des ensembles où des dizaines de corps s'entremêlent sans jamais se confondre, chacun tendu dans son propre effort. Cette maîtrise de la figure en action, ce sens de la dramaturgie physique, feront de la chapelle d'Orvieto un point de passage obligé pour les peintres qui viendront après lui.
Mais il ne faut pas réduire Signorelli à la seule démesure. Formé dans le sillage de Piero della Francesca, il garde de ce maître un sens rigoureux de la construction, de la géométrie des volumes, de la clarté des plans. Sous l'agitation des muscles se cache une architecture patiente. Auteur également de nombreux retables, de Madones et de scènes religieuses plus apaisées, il fut un peintre complet, dont l'énergie fauve s'appuyait toujours sur une science solide du dessin et de la composition.
Anecdote mémorable
Vasari rapporte un épisode où la maîtrise de l'artiste et la douleur du père se mêlent inextricablement. À la mort de son fils, emporté selon le biographe, Signorelli aurait accompli un geste bouleversant : il aurait fait dévêtir le corps de l'enfant et l'aurait dessiné, sans pleurer, pour fixer à jamais les traits aimés. Vrai ou embelli — l'anecdote nous vient de Vasari et doit lui être créditée —, ce récit dit toute l'ambiguïté de l'homme : celui pour qui regarder, comprendre et représenter le corps était devenu une seconde nature, jusque dans le deuil le plus déchirant.
Influences reçues
Signorelli s'est formé dans le sillage de Piero della Francesca, dont il retient la construction géométrique, la clarté des volumes et le sens monumental de la figure. Il s'inscrit ainsi dans la grande tradition de la peinture d'Italie centrale, ombrienne et toscane, où le dessin et la structure priment.
Influences exercées
Son influence la plus éclatante s'exerce sur Michel-Ange, qui admira et étudia son œuvre : les corps tordus, athlétiques, la puissance des nus d'Orvieto annoncent directement la Sixtine et le Jugement dernier. Signorelli fait ainsi le pont entre la Première Renaissance et l'apogée du corps héroïque au XVIe siècle.
Importance historique
Luca Signorelli occupe une place charnière dans l'histoire de la peinture : celui qui, le premier, osa le nu monumental et l'anatomie en mouvement à cette échelle. Sans lui, on comprend mal le Michel-Ange de la chapelle Sixtine. Les fresques de San Brizio, à Orvieto, restent l'un des grands sommets de la Renaissance et l'une des méditations les plus intenses jamais peintes sur la mort et la résurrection.
