HitsMap

Illustre

Lucrezia Borgia, dit Lucrèce Borgia

Duchesse de Ferrare, protectrice des lettres et des artistes

1480-1519·Mécène·Rome / Ferrare·mécénat · politique · lettres

Contributions & œuvres

Oubliez un instant l'empoisonneuse à l'anneau et la fille scandaleuse : cette Lucrèce-là est une invention de ses ennemis. La vraie s'est révélée à Ferrare, où son troisième mariage, en 1502, la fit duchesse aux côtés d'Alphonse Ier d'Este. Loin de Rome et des calculs de sa famille, elle devint enfin quelqu'un.

À la cour d'Este, elle sut gouverner. Quand son mari partait guerroyer, c'est elle qui tenait les rênes du duché, régente avisée que le pouvoir n'effrayait pas. Mais son nom reste surtout attaché aux lettres et aux arts qu'elle protégea. L'Arioste fréquenta son entourage ; le poète et lettré Pietro Bembo échangea avec elle une correspondance restée célèbre, mêlant élan amoureux et hauteur spirituelle. On dit que le Titien peignit à Ferrare pour la maison d'Este.

Femme cultivée, entourée de poètes et d'humanistes, elle fit de sa cour un foyer où le raffinement de la Renaissance italienne trouvait sa place. Vers la fin de sa vie, la duchesse se tourna vers la piété et les œuvres charitables, gagnant l'estime de ses sujets.

Il faut pourtant garder l'autre versant. Avant Ferrare, Lucrèce fut d'abord un instrument. Trois fois mariée au gré des ambitions de son père, le pape Alexandre VI, et de son frère César, elle passa d'une alliance à l'autre selon ce que réclamait la stratégie familiale. Son deuxième mari, Alphonse d'Aragon, fut assassiné, très probablement sur ordre de César. Femme intelligente prisonnière d'une famille dévorante, elle ne trouva la paix qu'une fois devenue elle-même, duchesse à Ferrare.

Anecdote mémorable

La correspondance entre Lucrèce et Pietro Bembo est l'un des plus beaux échanges de la Renaissance italienne. Le lettré, ébloui, lui écrivait des lettres où l'amour se mêlait à l'élévation spirituelle ; elle lui répondait avec une finesse qui dit long sur sa culture. On raconte que Bembo conserva précieusement une mèche de ses cheveux blonds. Ces lettres, aujourd'hui étudiées, dessinent le portrait d'une femme cultivée et sensible — bien loin de la créature de scandale que la légende avait fabriquée autour du nom Borgia.

Influences reçues

Alexandre VI (son père) ; César Borgia (son frère) ; la maison d'Este ; Pietro Bembo

Influences exercées

Cour de Ferrare ; L'Arioste ; Pietro Bembo ; mécénat des lettres et des arts

Importance historique

Lucrèce Borgia occupe une place singulière : son nom évoque d'abord une légende noire, l'une des plus tenaces de la Renaissance. Or cette réputation d'inceste et de poison fut construite par les adversaires politiques de sa famille, sans preuve. La redécouverte de la duchesse de Ferrare — protectrice éclairée des lettres, régente compétente, mécène des artistes — corrige cette image. Elle incarne à la fois le raffinement de la cour renaissante et le sort des femmes de son temps, monnayées dans les alliances des puissants. Comprendre Lucrèce, c'est apprendre à distinguer la calomnie de l'histoire.

À voir aussi