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Fontaine de Neptune (Fontana del Nettuno)

✦ Sculpture ✦

Fontaine de Neptune (Fontana del Nettuno)

Bartolomeo Ammannati et son atelier

1560-1574·Marbre et bronze·Piazza della Signoria (angle nord-ouest du Palazzo Vecchio) · Firenze

Devant l'œuvre

Ne vous arrêtez pas au Neptune : le vrai régal est autour du bassin. Faites-en le tour pour découvrir les bronzes — tritons, néréides, satyres, faunes — d'une souplesse que le colosse central n'a pas ; beaucoup pensent que Giambologna y a laissé sa griffe. Revenez au Biancone et cherchez, dans ce visage sévère, les traits de Cosimo Iᵉʳ : le duc s'est fait Neptune. Puis rappelez-vous le sobriquet moqueur et le vers fameux : le marbre « gâché ». C'est aussi cela, l'histoire d'une œuvre — sa gloire et ses lazzi.

Éléments remarquables

Une vaste fontaine octogonale au coin de la place. Au centre, dressé sur un char tiré par des chevaux marins, un colossal Neptune de marbre blanc — le « Biancone », le « grand Blanc » — domine le bassin. Autour, une couronne de bronzes anime l'eau : divinités marines, tritons, satyres, néréides, faunes, dauphins, allongés ou assis sur le rebord. Les chevaux sont de marbres différents, blancs et bréchés de rouge et de violet. Le contraste est frappant entre la raideur pâle et massive du Neptune et la grâce vive des bronzes qui l'entourent.

Signification historique et artistique

La fontaine célèbre l'ambition maritime de Cosimo Iᵉʳ : Neptune, dieu des mers, figure la puissance navale du duché toscan et son contrôle des flots — un programme politique après la victoire sur Pise. C'est aussi la première grande fontaine publique de Florence, prouesse hydraulique autant que sculpturale, alimentée par un aqueduc. Mais l'œuvre est surtout entrée dans la mémoire par sa réception mitigée : le colosse de marbre fut jugé lourd et froid, au point de devenir le proverbial « Biancone » et de nourrir des railleries fameuses.

Contexte économique, social et religieux

En 1559, Cosimo Iᵉʳ lança un concours entre les meilleurs sculpteurs — Cellini, Bandinelli, Vincenzo Danti, Giambologna, Ammannati. Le bloc de marbre était déjà réservé ; Bandinelli mourut en 1560. Ammannati l'emporta et exécuta le Neptune, entouré d'une équipe qui fondit les bronzes (parmi eux Giambologna, Vincenzo de' Rossi, Andrea Calamech). Le bassin octogonal fut bâti de 1560 à 1565, l'ensemble achevé vers 1574. La fontaine fut inaugurée dès 1565, à l'occasion de noces princières.

Symbolisme & lecture iconographique

Neptune, maître des mers, est l'allégorie transparente de la thalassocratie médicéenne : Cosimo dominant les flots comme le dieu domine les eaux. Prêter au dieu les traits du duc scelle l'identification pouvoir-divinité. Les chevaux marins, les tritons et les néréides forment le cortège du souverain des mers, image de la flotte et de la fortune maritime de Florence. L'eau elle-même, domestiquée et jaillissante, dit la maîtrise technique du prince sur la nature. La blancheur du marbre, enfin, voulait la majesté — et récolta la moquerie.

Analyse des émotions

La fontaine offre deux expériences opposées. Le Neptune impose une froideur monumentale, une majesté un peu figée qui explique cinq siècles de railleries : on l'admire sans s'y attacher. Mais qu'on baisse les yeux vers l'eau, et le charme opère : les bronzes vivants, sensuels, mouvants, réconcilient avec l'œuvre. Il s'y mêle le plaisir de l'eau, le bruit, le miroitement, la vie de la place. On repart avec un sourire — pour le sobriquet, pour le contraste — et le sentiment d'un monument aimé justement pour ses imperfections.

Secrets & mystères

  • Le Neptune est surnommé le « Biancone » (« le grand Blanc ») à cause de sa masse de marbre pâle.
  • Le vers fameux — « Ammannato, che bel marmo hai rovinato » (« Ammannati, quel beau marbre tu as gâché ») — courut dès le XVIe siècle.
  • Issue d'un concours (1559) où concoururent Cellini, Bandinelli, Danti, Giambologna.
  • Les bronzes du bassin sont souvent jugés supérieurs au colosse, et en partie attribués à Giambologna.
  • Première grande fontaine publique de Florence ; maintes fois vandalisée (un pied brisé en 2005) et restaurée.

Le saviez-vous ?

Nul marbre florentin n'a autant prêté à rire. Le colosse d'Ammannati fut si mal reçu que son surnom, « il Biancone », l'a suivi jusqu'à aujourd'hui, et qu'un vers moqueur — « Ammannato, Ammannato, che bel marmo hai rovinato » — s'est transmis de siècle en siècle. La tradition l'attribue même parfois à Michel-Ange vieillissant, raillant le beau bloc perdu Ironie de l'histoire : la fontaine tant moquée est devenue l'un des emblèmes les plus familiers de la place et du cœur des Florentins.

Commanditaire

Cosimo Iᵉʳ de' Medici, grand-duc de Toscane

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