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Le Nain Morgante

✦ Sculpture ✦

Le Nain Morgante

Valerio Cioli

années 1560 (vers 1560-1568) @@AVERIFIER·Marbre·Giardino di Boboli · Firenze

Devant l'œuvre

Ne passez pas trop vite devant ce petit personnage : c'est l'un des rares portraits sculptés d'un homme du peuple de la Renaissance. Approchez et regardez sans gêne — Cioli, lui, a tout regardé : le ventre, la calvitie, la barbe, sans caricature méchante mais sans flatterie. Cherchez la tortue sous ses pieds : ce n'est pas un hasard, c'est un emblème médicéen. Songez que ce marbre, matière réservée aux héros et aux dieux, a été donné à un bouffon de cour — tout le paradoxe est là, entre respect et divertissement.

Éléments remarquables

Un homme nu, petit et corpulent, barbu, campé sur une tortue de marbre : c'est Morgante, le nain bouffon de la cour des Médicis. Le corps trapu, le ventre rond, la calvitie et la barbe sont rendus sans idéalisation, avec une franchise presque comique. Valerio Cioli traite ce modèle réel comme on traiterait un dieu ou un héros, dans un marbre soigné. Devenue fontaine, la sculpture crachait l'eau ; la tortue, sous les pieds du nain, sert de monture insolite et de socle vivant. L'exemplaire du jardin est parfois donné pour une copie protégeant l'original.

Signification historique et artistique

L'œuvre est un portrait — chose rare pour un personnage aussi humble — d'un individu réel de la cour : Braccio di Bartolo, dit Morgante, nain au service de Cosme Iᵉʳ. La monter en statue de marbre, matériau des grands, et la placer dans le jardin princier, dit le goût de la cour médicéenne pour le grotesque, le divertissement et le renversement burlesque des codes héroïques. Loin de l'idéal beau du David, Cioli affirme qu'un corps singulier, un visage familier, méritent aussi le ciseau et la pierre noble.

Contexte économique, social et religieux

Braccio di Bartolo, surnommé Morgante par antiphrase (du nom d'un géant du poème de Luigi Pulci), sert la cour de Cosme Iᵉʳ à partir de 1541 Valerio Cioli le sculpte dans les années 1560 La statue est ensuite transformée en fontaine et installée dans le jardin de Boboli, près de la porte dite du Bacchino Morgante fut un modèle célèbre : Bronzino en peignit un double portrait, aujourd'hui aux Offices.

Symbolisme & lecture iconographique

La tortue sur laquelle se tient Morgante évoque la devise chère à Cosme Iᵉʳ, la tortue à la voile et le mot d'ordre « festina lente » — hâte-toi lentement Le nain lui-même, monté comme un capitaine sur sa monture, incarne un renversement burlesque : le plus humble prend la pose du puissant. Ce jeu sur le petit et le grand, le noble et le grotesque, était prisé des cours du XVIᵉ siècle. Sculpter un bouffon dans le marbre des dieux, c'est jouer avec les hiérarchies pour mieux les rappeler — le prince peut tout élever, même son fou.

Analyse des émotions

On sourit d'abord — la silhouette est franchement drôle, le nain nu juché sur sa tortue. Puis un trouble s'installe : ce rire est-il tendre ou cruel ? La cour riait de Morgante, et pourtant Cioli l'a traité avec un soin, une attention aux traits, qui ressemblent à du respect. On oscille entre l'amusement et une forme d'empathie pour cet homme regardé, exposé, immortalisé pour ce qui le distinguait. L'œuvre touche parce qu'elle dit, sous le comique, la place étrange des « curiosités » humaines dans le monde des princes.

Secrets & mystères

  • C'est le portrait d'un personnage réel de la cour, le nain Morgante, chose rare pour un modèle si humble.
  • Son surnom est ironique : « Morgante » est le nom d'un géant du poème de Pulci.
  • La tortue renvoie à la devise médicéenne « festina lente » (hâte-toi lentement).
  • La statue fut transformée en fontaine et placée près de la porte du Bacchino.
  • Bronzino a peint Morgante dans un double portrait conservé aux Offices.

Le saviez-vous ?

Morgante fut l'un des personnages les plus fêtés de la cour de Cosme Iᵉʳ : au point que Bronzino le peignit dans un tableau à deux faces, montrant le nain de face et de dos Que le peintre officiel des Médicis et un sculpteur comme Cioli aient tous deux consacré une œuvre majeure à un bouffon en dit long sur la fascination de la cour pour lui. Sa statue, devenue fontaine dans le jardin de Boboli, a fini par se confondre avec le décor des Médicis — un fou de cour changé en figure de pierre parmi les dieux du jardin.

Commanditaire

Cosme Iᵉʳ de Médicis (Cosimo I de' Medici) @@AVERIFIER

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