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Arco Foscari (décor sculpté)

✦ Sculpture ✦

Arco Foscari (décor sculpté)

Antonio Rizzo, Antonio Bregno et autres maîtres lombards

vers 1450-1470 @@AVERIFIER (Rizzo chef-sculpteur à partir de 1469)·Pierre d'Istrie et marbre rouge de Vérone (statues en marbre de Carrare)·Palazzo Ducale, cour intérieure · Venezia

Devant l'œuvre

Placez-vous au bas de l'escalier des Géants et retournez-vous : l'Arco Foscari vous fait face, tout en bandes rouges et blanches. Repérez les nus dans les niches — mais sachez que ce sont des copies de bronze : les Adam et Ève de Rizzo sont à l'abri à l'intérieur, ne les manquez pas dans le parcours du musée. Observez le paradoxe de l'édifice : des pinacles gothiques qui pointent vers le ciel, et sous eux des corps nus tout antiques. Cet arc est un livre d'histoire de l'art à lui seul, le moment exact où Venise bascule d'un monde à l'autre.

Éléments remarquables

Dans la cour du Palais des Doges, face à l'escalier des Géants, un arc de triomphe monumental à bandes alternées de pierre d'Istrie claire et de marbre rouge de Vérone. Il se dresse en plusieurs étages, hérissé de pinacles gothiques, mais peuplé de statues de plein Renaissance. Dans les niches, les nus fameux d'Adam et Ève par Antonio Rizzo, et un Guerrier (« Mars ») ; au faîte, des allégories des arts et des vertus. Chair délicate et hanchement gracieux d'Ève, musculature d'Adam : Rizzo, nourri de Donatello vu à Padoue, y fait entrer à Venise le nu antique. Les originaux, fragiles, ont cédé la place à des copies en bronze.

Signification historique et artistique

L'Arco Foscari marque le passage, dans la sculpture vénitienne, du gothique à la Renaissance. Commencé sous le doge Foscari dans un vocabulaire encore gothique — pinacles, dais, verticalité — il s'achève avec les nus de Rizzo qui sont, eux, pleinement renaissants. C'est un seuil dans les deux sens : porte d'honneur de la cour ducale, et frontière entre deux âges de l'art. Adam et Ève, premiers hommes, y disent peut-être l'origine et la faute ; le Guerrier, la vigilance de l'État. L'arc célèbre le doge commanditaire tout en glorifiant la République : magnificence privée et grandeur publique s'y confondent.

Contexte économique, social et religieux

L'arc fut élevé au XVᵉ siècle pour clore la cour côté palais, sous le doge Francesco Foscari puis ses successeurs. Plusieurs mains s'y succédèrent : Antonio Bregno et des maîtres d'origine lombarde pour l'architecture et les figures hautes, puis Antonio Rizzo, de Vérone, qui prit la direction du chantier sculpté vers 1469 et devint protomaestro en 1485. Ses Adam et Ève, datés entre 1470 et 1490, occupaient les niches du côté est, face à la Scala dei Giganti. En mauvais état, Adam et Ève furent rentrés au palais en 1926, le Guerrier (Mars) en 1960 ; des copies de bronze les remplacent.

Symbolisme & lecture iconographique

L'arc conjugue deux registres. Sacré : Adam et Ève rappellent l'origine de l'humanité et la Chute, thème moral placé au seuil du pouvoir. Civique : le Guerrier et les figures d'en haut — vertus, arts — énoncent les qualités et la vigilance de l'État. La forme même, un arc de triomphe à l'antique greffé sur des pinacles gothiques, symbolise la Venise du XVᵉ siècle, à cheval entre sa tradition byzantino-gothique et son adhésion nouvelle à l'humanisme. Le marbre rouge de Vérone et la pierre blanche d'Istrie, couleurs de la Sérénissime, teintent l'ensemble d'une fierté toute vénitienne.

Analyse des émotions

L'Arco Foscari surprend par sa richesse chromatique — ce rouge sang et ce blanc qui rythment la pierre donnent à la cour une gaieté solennelle. Mais l'émotion la plus fine vient des nus de Rizzo : cette Ève au corps tendre, un peu gauche, presque timide, a une humanité désarmante, loin de toute froideur idéale. On sent un artiste qui, le premier à Venise, ose la beauté du corps nu et y met de la douceur. Et le contraste — des pinacles gothiques qui montent vers Dieu, des corps charnels qui célèbrent la terre — laisse une impression de seuil, de monde qui change sous nos yeux.

Secrets & mystères

  • Les nus Adam et Ève d'Antonio Rizzo sont des originaux du XVᵉ mis à l'abri à l'intérieur du palais (1926) ; les niches portent des copies en bronze.
  • Le Guerrier (« Mars ») fut rentré plus tard, en 1960.
  • L'arc mêle pinacles gothiques et nus renaissants : il fixe la transition entre deux âges.
  • Plusieurs sculpteurs s'y succédèrent : Bregno, Rizzo et des maîtres lombards ; le partage exact reste discuté.
  • Rizzo aurait puisé son nu dans Donatello, découvert à Padoue.

Le saviez-vous ?

Face à l'escalier des Géants, l'Ève de Rizzo tendait la main depuis sa niche depuis quatre siècles quand son état alarma : en 1926, on rentra Adam et Ève à l'intérieur du palais, remplacés dehors par des copies. En 2016-2019, une restauration au laser rendit au marbre de Carrare sa blancheur d'origine, et les trois figures — Adam, Ève, le Guerrier — furent exceptionnellement présentées ensemble. On redécouvrit alors combien Rizzo, souvent éclipsé par les grands Toscans, avait été un pionnier du nu à Venise.

Commanditaire

Le doge Francesco Foscari / la République de Venise

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