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Monument funéraire de Pietro da Noceto (Monumento funebre a Pietro da Noceto)

✦ Sculpture ✦

Monument funéraire de Pietro da Noceto (Monumento funebre a Pietro da Noceto)

Matteo Civitali

1472 @@AVERIFIER·Marbre·Cathédrale San Martino (Cattedrale di San Martino) · Lucca

Devant l'œuvre

Prenez d'abord la mesure de l'ensemble : c'est une architecture de marbre autant qu'une effigie. Montez du sarcophage au gisant, puis à la lunette : chaque registre a son ornement. Approchez pour lire les détails à l'antique — putti, guirlandes, et surtout les griffons, chers à Civitali. Regardez le visage du défunt : ni pathos ni raideur, une dignité sereine. Imaginez enfin les dorures d'origine, révélées par la restauration : auréoles, rayons, étoiles, qui faisaient scintiller le marbre. C'est le premier grand chef-d'œuvre Renaissance de la cathédrale.

Éléments remarquables

Un monument funéraire mural de marbre, à l'antique : sur un sarcophage, le gisant de Pietro da Noceto repose, les mains jointes, le visage apaisé, sous une architecture encadrée de pilastres et surmontée d'une lunette. Des putti, des guirlandes, des griffons et des rinceaux ornent l'ensemble d'un vocabulaire tout classique. Une restauration a révélé des traces de dorure sur maints détails — auréoles, rubans, cheveux, rayons, étoiles. La composition, mesurée et noble, transpose à Lucques le modèle florentin du tombeau humaniste.

Signification historique et artistique

C'est la première œuvre connue de Matteo Civitali dans la cathédrale, et l'acte fondateur de la Renaissance sculptée à Lucques. Civitali y médite le modèle florentin du tombeau humaniste — notamment le tombeau du Cardinal de Portugal par Antonio Rossellino (San Miniato al Monte) — et l'adapte avec une élégance personnelle. Le monument célèbre un homme de lettres et de pouvoir, Pietro da Noceto, secrétaire du pape Nicolas V : il incarne l'idéal humaniste du serviteur lettré, honoré par un art savant, nourri de références antiques.

Contexte économique, social et religieux

Pietro da Noceto, secrétaire du pape Nicolas V, mourut en 1467 ; sa chapelle (San Regolo) fut acquise peu après par le patronage familial. Matteo Civitali (1436-1501), figure majeure de l'art lucquois du Quattrocento, acheva le monument en 1472. Placé d'abord sur un mur de la chapelle San Regolo, il fut déplacé au début du XVIe siècle, lors du réaménagement du transept sud, à son emplacement actuel. Une restauration (2004) a mis au jour des traces de dorure sur de nombreux détails.

Symbolisme & lecture iconographique

Le gisant aux mains jointes exprime la prière et l'espérance de la résurrection. L'architecture encadrante, à l'antique, élève le défunt dans un ordre idéal, hors du temps. Les guirlandes de fruits et de feuilles disent la vie qui perdure et l'abondance ; les griffons, créatures gardiennes empruntées à l'Antiquité, veillent sur la sépulture. Les dorures révélées — auréoles, étoiles, rayons — ajoutaient une dimension céleste, glorieuse. L'ensemble dit que la mort d'un homme lettré et pieux s'ouvre sur la gloire, dans le langage retrouvé des Anciens.

Analyse des émotions

Le monument émeut par sa dignité tranquille. Rien de funèbre au sens sombre : une clarté du marbre, une harmonie de l'architecture, un visage apaisé disent la mort comme un passage serein. On perçoit l'idéal humaniste — l'homme lettré honoré non par la peur mais par la beauté et l'ordre. En songeant aux dorures d'origine, on imagine le monument scintillant de lumière, presque joyeux dans sa gravité. Il émane de l'ensemble une noblesse mesurée, celle d'une Renaissance qui apprivoise la mort en la parant des splendeurs retrouvées de l'Antiquité.

Secrets & mystères

  • Première œuvre connue de Matteo Civitali dans la cathédrale de Lucques.
  • Pietro da Noceto fut secrétaire du pape Nicolas V.
  • Le modèle est le tombeau du Cardinal de Portugal par Rossellino (San Miniato al Monte, Florence).
  • Une restauration (2004) a révélé des traces de dorure sur de nombreux détails.
  • Placé d'abord dans la chapelle San Regolo, il fut déplacé au XVIe siècle.

Le saviez-vous ?

Lorsqu'on restaura le monument en 2004, une surprise attendait les spécialistes : sous la blancheur du marbre affleuraient des traces de dorure — sur les auréoles, les rubans, les cheveux, les rayons, les étoiles, jusqu'aux motifs ornementaux. Le tombeau que nous admirons dans sa pureté de pierre était donc, à l'origine, rehaussé d'or, scintillant de détails précieux. La sobriété que nous prenons pour un parti pris n'est parfois que l'effacement du temps : Civitali avait pensé un monument bien plus lumineux que celui qui nous est parvenu.

Commanditaire

La famille / le patronage Noceto @@AVERIFIER

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