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Arca di San Domenico (additions Renaissance)

✦ Sculpture ✦

Arca di San Domenico (additions Renaissance)

Niccolò dell'Arca, Michelangelo et autres (sur le sarcophage de Nicola Pisano)

1469-1494 (additions Renaissance ; sarcophage 1265-1267)·Marbre·Basilica di San Domenico (Cappella di San Domenico) · Bologna

Devant l'œuvre

Lisez le monument de bas en haut, comme une frise du temps. En bas, les reliefs de Nicola Pisano : approchez-vous, ce sont des scènes de la vie de Dominique, denses, encore gothiques. Montez ensuite vers le couronnement de Niccolò dell'Arca, hérissé de figurines. Cherchez enfin, aux angles inférieurs, les trois marbres de Michel-Ange : l'ange agenouillé à droite, saint Pétrone tenant sa ville, saint Procule en soldat. Comparez cet ange à celui, plus doux, que Niccolò avait sculpté en face : deux générations se répondent sur le même socle.

Éléments remarquables

Un tombeau-reliquaire dressé comme une pièce d'orfèvrerie géante. À la base, l'ancien sarcophage de marbre de Nicola Pisano, aux flancs ornés de reliefs serrés contant la vie et les miracles de saint Dominique. Au-dessus, la « cimasa » de Niccolò dell'Arca : un couronnement pyramidal peuplé de petites statues — saints, docteurs, anges — que surmonte Dieu le Père. Aux angles inférieurs, trois figures du jeune Michel-Ange s'insèrent : un ange porte-cierge, saint Pétrone, saint Procule. L'ensemble juxtapose ainsi, sur quelques mètres, le gothique tardif, le premier Renaissance et le génie naissant de Michel-Ange.

Signification historique et artistique

L'Arca est un condensé de l'histoire de la sculpture italienne : commencée au XIIIᵉ siècle par Nicola Pisano, l'inventeur du renouveau classique, poursuivie au XVᵉ par Niccolò dell'Arca — qui en tira son surname — puis complétée par Michel-Ange à dix-neuf ans, avant des ajouts encore postérieurs. En un seul monument se lit le passage du Moyen Âge à la Renaissance. Sa fonction première reste dévotionnelle : abriter et exalter le corps du fondateur de l'ordre dominicain, but de pèlerinage.

Contexte économique, social et religieux

En 1264, les Dominicains commandent à Nicola Pisano un tombeau neuf ; il en sculpte les reliefs avec son atelier (vers 1265-1267) avant de partir pour Sienne. Deux siècles plus tard, en 1469, Niccolò d'Apulia est chargé du couronnement et de figures libres : il y consacre sa vie et en tire son nom, « dell'Arca », mais meurt en 1494 en laissant l'œuvre inachevée. C'est alors que le tout jeune Michel-Ange, réfugié à Bologne, est appelé à sculpter les trois figures manquantes. Aux siècles suivants, Alfonso Lombardi puis d'autres ajoutent reliefs et statues.

Symbolisme & lecture iconographique

Le monument tout entier est une machine à glorifier : le corps du saint, placé au centre, est haussé et environné d'une cour céleste de sculptures — anges, docteurs de l'Église, Dieu le Père au sommet — qui traduisent en pierre l'idée de la sainteté triomphante et de l'intercession. Les reliefs narratifs de la base font office de « vie du saint » offerte au pèlerin. Que les plus grands sculpteurs de trois siècles s'y soient succédé donne aussi au tombeau une valeur d'hommage collectif, chaque époque ajoutant sa pierre à la gloire de Dominique.

Analyse des émotions

On éprouve d'abord un vertige d'accumulation : tant de figures, tant de mains, tant de siècles réunis sur un même tombeau. Puis vient l'émotion plus fine de la continuité — l'idée que des artistes séparés par des générations ont travaillé au même but, se répondant par-delà le temps. Le regard, en montant, passe insensiblement de la raideur médiévale à la grâce nouvelle : on assiste, en direct, à la naissance d'un langage. Et au cœur de cette profusion, le tombeau garde sa gravité recueillie de lieu de dévotion.

Secrets & mystères

  • Le sculpteur Niccolò dell'Arca doit son nom à ce monument : « celui de l'Arca ».
  • Trois petites figures sont de la main du jeune Michel-Ange (1494-1495), à dix-neuf ans.
  • La base, plus ancienne, est l'œuvre de Nicola Pisano et de son atelier au XIIIᵉ siècle (vers 1265-1267).
  • L'ensemble a été élaboré sur près de cinq siècles, par phases successives (Pisano, dell'Arca, Michel-Ange, Lombardi, puis d'autres).
  • On y suit, en un seul regard, le passage du gothique à la Renaissance.

Le saviez-vous ?

La commande des trois figures manquantes échut à Michel-Ange par un concours de circonstances : chassé de Florence par les troubles, le jeune homme trouva refuge à Bologne chez le noble Gianfrancesco Aldrovandi, qui le recommanda aux Dominicains. C'est ainsi que l'Arca, entamée par Nicola Pisano deux cents ans plus tôt et laissée inachevée par la mort de Niccolò dell'Arca la même année 1494, reçut la main d'un débutant génial — quelques années avant qu'il ne sculpte la Pietà et le David.

Commanditaire

Ordre des Dominicains de Bologne

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