Contexte économique, social et religieux
Sur la façade orientale de Montacute, alignées en haut du mur entre les fenêtres, neuf figures de pierre montent la garde en armure romaine : ce sont les Neuf Preux (Nine Worthies), sculptés vers 1598-1601 en même temps que la maison. Rares survivants d'un thème très aimé, ils font de la façade une leçon de vertu à ciel ouvert.
Neuf héros pour un modèle
Les Neuf Preux étaient, dans l'imaginaire médiéval et Renaissance, les neuf plus grands héros de l'histoire, répartis en trois triades : trois païens (Hector, Alexandre, César), trois juifs (Josué, David, Judas Maccabée), trois chrétiens (le roi Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon). En les dressant sur sa façade, Sir Edward Phelips, bâtisseur de Montacute, ne décorait pas seulement : il affichait un programme, plaçant sa maison — et lui-même — sous le patronage de la vertu chevaleresque et de la gloire des grands hommes.
La sculpture au service du prestige
Taillées dans la pierre dorée de Ham Hill, ces figures grandeur nature sont un exemple rare de sculpture architecturale profane conservée de l'époque élisabéthaine. Elles montrent comment, vers 1600, la grande demeure anglaise se pense comme un théâtre : la façade parle, elle proclame le rang et les valeurs du maître. À voir : les neuf figures en armure romaine sur la façade est, la pierre dorée de Ham Hill, l'alignement au-dessus de la longue galerie.
Le saviez-vous ?
Le thème des Neuf Preux était si populaire à l'époque de Shakespeare que le dramaturge s'en moque dans Peines d'amour perdues : des personnages s'y ridiculisent en tentant de jouer les Neuf Preux dans un spectacle amateur. Pendant qu'on en riait sur la scène de Londres, Sir Edward Phelips, lui, les faisait tailler très sérieusement dans la pierre de sa maison.


