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Tombeau de Paul III (Tomba di Paolo III)

✦ Sculpture ✦

Tombeau de Paul III (Tomba di Paolo III)

Guglielmo della Porta

1549-1575·Bronze et marbre (Vertus en marbre)·Basilique Saint-Pierre (Basilica di San Pietro) · Città del Vaticano

Devant l'œuvre

Levez d'abord les yeux vers le pape de bronze : voyez comme la tête, légèrement penchée, semble absorbée dans la prière plus que fixée sur nous. Descendez ensuite vers les Vertus de marbre couchées — arrêtez-vous sur la plus jeune, la Justice : cherchez la trace du drapé de bronze ajouté après coup, qui recouvre une nudité d'origine. La tradition y voit le portrait de la propre sœur du pape. Notez enfin le jeu des deux matières, bronze et marbre : tout le programme oppose la gravité du souverain à la grâce des allégories.

Éléments remarquables

Au sommet du monument, le pape Paul III trône en bronze sombre, assis dans sa cathèdre, la main droite levée pour bénir, la tête inclinée avec une gravité pensive. Sous lui, sur les rampants du soubassement, s'allongent des figures féminines de marbre blanc, les Vertus : l'une jeune et lisse, l'autre au visage plus âgé. Le contraste des matières frappe — le bronze grave et méditatif du pape, la chair claire et polie des allégories. La Justice, notamment, fut d'abord sculptée nue avant d'être voilée d'un drapé de bronze peint.

Signification historique et artistique

Le tombeau clôt la grande tradition des monuments papaux de la Renaissance et fait le pont avec le Baroque naissant. Guglielmo della Porta, formé dans le sillage de Michel-Ange, transpose la leçon des tombeaux Médicis de San Lorenzo — un défunt dominant, des allégories couchées à ses pieds — à l'échelle et à la majesté de Saint-Pierre. Le pape n'est pas montré mort mais vivant et régnant, éternisé dans le geste de bénédiction : l'autorité pontificale y est affirmée avec une solennité nouvelle. Placé dans l'abside, il dialogue aujourd'hui avec la Cathedra du Bernin.

Contexte économique, social et religieux

Paul III Farnèse (le pape qui ouvrit le concile de Trente et confia à Michel-Ange le Jugement dernier) mourut en 1549. Le monument, voulu par sa famille, fut confié à Guglielmo della Porta qui y travailla plus de vingt ans, l'achevant vers 1574-1575. Quatre Vertus étaient prévues ; deux seulement subsistent au tombeau, les deux autres ayant été reléguées au Palazzo Farnese. En 1593, sur ordre de Clément VIII, le fils de l'artiste, Teodoro della Porta, couvrit d'un drapé de bronze la nudité de la Justice, jugée scandaleuse.

Symbolisme & lecture iconographique

Les Vertus couchées disent les qualités du défunt : la Justice et la Prudence (et, selon les sources, l'Abondance et la Paix aujourd'hui absentes) forment le portrait moral d'un règne. Le pape assis, bénissant, incarne la continuité de l'autorité au-delà de la mort. Le voilement tardif de la Justice est lui-même devenu un symbole : celui du reflux de l'audace renaissante devant le nu, dans le climat de rigueur né du concile de Trente que Paul III avait pourtant convoqué.

Analyse des émotions

On est saisi par le contraste : la masse grave et sombre du pape de bronze, comme retiré en lui-même, et la douceur lumineuse des corps de marbre à ses pieds. L'ensemble respire une solennité apaisée, sans pathos, où le pouvoir se fait recueillement. Devant les Vertus, une émotion plus trouble affleure : la beauté sensuelle de ces figures, longtemps jugée trop libre, dit la tension d'une époque partagée entre la splendeur de la Renaissance et la pudeur nouvelle de la Contre-Réforme.

Secrets & mystères

  • La Justice fut sculptée nue puis, en 1593, voilée d'un drapé de bronze peint en blanc, sur ordre de Clément VIII.
  • La tradition reconnaît dans la Justice Giulia Farnese, sœur du pape, et dans la Prudence âgée sa mère Giovannella Caetani.
  • Quatre Vertus étaient prévues ; deux furent transférées au Palazzo Farnese.
  • Della Porta y travailla plus de vingt ans (1549-vers 1575).
  • Le monument dialogue aujourd'hui avec la Cathedra Petri du Bernin, dans l'abside.

Le saviez-vous ?

La statue de la Justice, jeune et nue, aurait tant retenu les regards que, selon la tradition, un jeune homme s'en serait épris au point de laisser une trace de son émotion sur le marbre — récit qui courut sur plusieurs statues fameuses de Rome. Vraie ou colportée, l'histoire dit la fascination réelle qu'exerça cette figure, au point qu'on finit par la couvrir de bronze en 1593. La sœur du pape prêtant, dit-on, ses traits à la Justice ajoute encore au trouble de cette légende.

Commanditaire

Cardinal Alessandro Farnese (neveu du pape) @@AVERIFIER

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