
✦ Illustre ✦
Érasme de Rotterdam
humaniste / lettres
Contributions & œuvres
Il est né dans une ruelle de Rotterdam, fils illégitime d'un prêtre, et il est devenu la voix la plus écoutée d'Europe. Quand Érasme mourait à Bâle en 1536, rois, papes et réformateurs s'étaient disputé sa plume trente ans durant. Aucun Néerlandais n'a jamais rayonné aussi loin — et pourtant il n'a presque pas vécu aux Pays-Bas.
L'homme qui a donné une langue à l'Europe
Érasme a inventé une manière d'être savant : libre, ironique, européen. Son Éloge de la Folie (1511), écrit en quelques jours chez son ami Thomas More et dédié à lui, est un chef-d'œuvre de satire où la Folie elle-même fait l'éloge des sottises humaines — des théologiens aux princes. Le livre fit rire toute l'Europe cultivée et grinça les dents de Rome. Mais son grand œuvre est ailleurs : en 1516, il publie chez Froben à Bâle le premier Nouveau Testament grec imprimé, accompagné d'une nouvelle traduction latine qui corrigeait la Vulgate. C'était rendre l'Écriture au texte, à la source (ad fontes) — l'idée la plus explosive du siècle. Il donna aussi à l'Europe ses Adages, recueil de proverbes antiques où des générations puisèrent leur latin et leur sagesse. Partout il prêcha une religion intérieure, la philosophia Christi, et la paix entre les princes chrétiens.
Rotterdam l'a fait, Rotterdam l'a gardé
Érasme quitta la Hollande jeune et n'y revint jamais : Paris, Louvain, l'Angleterre, l'Italie, Bâle, Fribourg — sa patrie était la République des Lettres. Mais sa ville natale ne l'oublia pas. En 1622, Rotterdam lui dressa devant la Grande Église une statue de bronze de Hendrick de Keyser — la plus ancienne statue publique en bronze des Pays-Bas, et l'une des premières d'Europe élevée non à un roi ni à un général, mais à un homme de savoir (voir la fiche sculpture). Le geste dit tout : une ville marchande, protestante, honorant un catholique cosmopolite comme son plus grand fils. À voir sur ses pas : la Sint-Laurenskerk et sa statue, Gouda et Deventer où il étudia chez les Frères de la Vie commune, le couvent de Steyn qu'il fuit.
La part d'ombre
Le prince des humanistes fut aussi un homme qui ne voulut jamais choisir. Quand la Réforme déchira la chrétienté, Érasme, dont on disait qu'il « avait pondu l'œuf que Luther fit éclore », refusa de suivre Luther comme de le condamner — jusqu'à ce que, pressé de toutes parts, il écrive contre lui son traité Du libre arbitre(1524), sans conviction et sans courage aux yeux des deux camps. Il resta catholique mais mourut sans prêtre. Cet homme qui rêvait la concorde méprisait la foule («odi turbam », j'ai la haine du grand nombre), écrivait pour une élite latine et fuyait tout danger. Sa tolérance était celle d'un esprit trop fin pour l'époque brutale qui venait — et qui, faute d'avoir tranché, se retrouva seul entre les tranchées.
Anecdote mémorable
La statue de bronze de 1622 coûta plus de 10 000 florins — une somme colossale : vingt ans plus tard, Rembrandt ne toucherait que 1 600 florins pour La Ronde de nuit. Rotterdam payait le prix fort pour immortaliser un fils qui l'avait quittée à seize ans.
Importance historique
Il est né dans une ruelle de Rotterdam, fils illégitime d'un prêtre, et il est devenu la voix la plus écoutée d'Europe. Quand Érasme mourait à Bâle en 1536, rois, papes et réformateurs s'étaient disputé sa plume trente ans durant. Aucun Néerlandais n'a jamais rayonné aussi loin — et pourtant il n'a presque pas vécu aux Pays-Bas.
