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Tombeau de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne

Sculpture funéraire

Tombeau de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne

Jean de Marville (conception, 1381–1389) — Claus Sluter (1389–1406) — Claus de Werve (achèvement, 1406–1410) — polychromie par Jean Malouel

1384–1410·Marbre noir de Dinant (dalle supérieure), albâtre (pleurants et gisant), dorure et polychromie·Musée des Beaux-Arts de Dijon

Devant l'œuvre

Ce tombeau est l'une des grandes œuvres de la sculpture européenne — et il est à Dijon, dans l'ancienne salle des festins des ducs. Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne Valois, fonda en 1378 la chartreuse de Champmol comme nécropole dynastique — à l'image de Saint-Denis pour les rois de France. Il voulut un tombeau qui surpasserait tous les tombeaux royaux. Le résultat dépassa ses espérances : une dalle de marbre noir sur laquelle repose le gisant du duc sous un dais d'albâtre richement sculpté, et tout autour, dans des niches architecturées, 41 pleurants — des moines, des évêques, des laïcs — chacun dans une attitude différente de deuil. Ces pleurants sont les figures les plus extraordinaires de toute la sculpture médiévale française.

Symbolisme & lecture iconographique

Les pleurants (ou 'deuillants') qui accompagnent le cortège funèbre autour du tombeau représentent la communauté de ceux qui pleurent le mort. Dans la tradition médiévale, le cortège funèbre est une image de la communauté chrétienne unie dans la prière pour l'âme du défunt. La diversité des états (moines, évêques, laïcs) dit que toute la société — ecclésiastique et civile — est concernée par ce deuil ducal.

Analyse des émotions

S'arrêter devant les pleurants du tombeau de Philippe le Hardi et regarder leurs visages — certains voilés, certains à découvert, certains pleurant manifestement, d'autres réfléchis, d'autres presque stoïques — c'est une expérience de l'émotion individuelle dans la douleur collective. Claus Sluter a refusé la standardisation : chaque pleurant est une personnalité, une posture, une façon d'être dans le deuil. Ces 41 statuettes d'une quarantaine de centimètres sont une galerie de portraits psychologiques.

Secrets & mystères

Le gisant de Philippe le Hardi qui repose sur la dalle noire n'est pas l'original — celui-ci disparut pendant la Révolution, à l'exception de ses mains. Le gisant actuel est une reconstitution du XIXe siècle. Mais les pleurants, eux, sont en grande majorité originaux. En 1794, lors de la saisie révolutionnaire, ils furent retirés du tombeau et exposés comme curiosités dans le musée naissant. Soixante-quinze des 82 pleurants originaux des deux tombeaux sont à Dijon. Quatre autres sont au Cleveland Museum of Art aux États-Unis — Sherman Lee, directeur du Cleveland Museum, les avait achetés, puis offrit en 1959 des répliques au musée de Dijon.

Le saviez-vous ?

Claus Sluter — né à Haarlem, mort à Dijon en 1406 — est surnommé 'le Donatello du Nord'. Mais contrairement à Donatello qui travailla toute sa vie à Florence, Sluter est venu à Dijon et y est mort, laissant à la Bourgogne ses chefs-d'œuvre. Le Puits de Moïse, toujours in situ à la chartreuse de Champmol (aujourd'hui hôpital psychiatrique de Dijon, mais visitable), est son autre chef-d'œuvre — six prophètes monumentaux entourant le soubassement d'un calvaire disparu.

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