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La Salle des appartements royaux — Cheminée de Louis XII, Sculpteurs des ateliers royaux de Blois (anonymes)

✦ Sculpture architecturale ✦

La Salle des appartements royaux — Cheminée de Louis XII

Sculpteurs des ateliers royaux de Blois (anonymes)

v. 1498–1515·Pierre de taille sculptée (calcaire de Touraine), peinture polychrome partiellement conservée·Château Royal de Blois — Musée des Beaux-Arts

Devant l'œuvre

Tenez-vous devant cette cheminée et mesurez son ampleur : elle s'élève sur toute la hauteur de la salle, car elle était le cœur de la vie de cour, le lieu où l'on se chauffait, où l'on se tenait, où l'on conversait. Approchez-vous du décor sculpté. Cherchez les emblèmes : le porc-épic, emblème du roi Louis XII, et l'hermine accompagnée de son cordon, la cordelière, emblèmes de la reine Anne de Bretagne. Ces signes, répétés partout, étaient la signature du couple royal. Regardez bien les motifs : vous verrez cohabiter deux styles. D'un côté, le gothique finissant, avec ses formes pointues et ses pinacles ; de l'autre, des nouveautés venues d'Italie — pilastres, médaillons, rinceaux. Vous assistez à la naissance de la Renaissance française. Observez aussi les couleurs et les dorures : contrairement à l'idée d'un passé en pierre grise, ces décors étaient peints, éclatants. Mais il faut vous dire un secret : une grande partie de ce que vous voyez a été recréée au XIXe siècle par l'architecte Félix Duban, qui restaura le château en s'inspirant des sources anciennes. L'ancien et le restitué se mêlent si bien qu'on les distingue difficilement. Enfin, souvenez-vous que ces murs ont été le théâtre de drames : c'est à Blois, en 1588, que fut assassiné le duc de Guise, sur ordre du roi Henri III.

Éléments remarquables

La cheminée frappe par son ampleur monumentale et par la richesse de son décor sculpté, qui mêle deux répertoires : d'une part le gothique flamboyant, avec ses accolades et ses pinacles ; d'autre part les motifs italianisants — pilastres, médaillons, rinceaux, arabesques — qui signent l'arrivée de la Renaissance. Les emblèmes héraldiques y sont omniprésents, sculptés en relief : le porc-épic de Louis XII, l'hermine et la cordelière d'Anne de Bretagne, destinés à l'origine à être peints et dorés. La polychromie restituée au XIXe siècle, aux couleurs vives rehaussées d'or, donne une idée de l'éclat primitif de ces décors, bien loin de la pierre nue que l'on imagine parfois pour le Moyen Âge. Le travail de restitution de Félix Duban est en soi remarquable : il étudia les sources anciennes, notamment les manuscrits enluminés, pour reconstituer les emblèmes et les couleurs. La difficulté à distinguer les parties anciennes des reprises du XIXe siècle est l'un des traits les plus notables, et les plus discutés, de ces décors.

Signification historique et artistique

Les grandes cheminées royales n'étaient pas de simples foyers : elles affirmaient la présence et la puissance du souverain dans l'espace même de la vie de cour. Couvertes d'emblèmes héraldiques, elles valaient manifeste de l'identité royale, rappelant à chaque regard qui régnait en ces murs. Le porc-épic de Louis XII et l'hermine d'Anne de Bretagne, répétés sur la pierre, inscrivaient le couple royal dans le décor et proclamaient la légitimité et les vertus du pouvoir. Plus largement, ces décors de Blois signifient le moment d'une mutation : la France, au tournant du XVIe siècle, abandonne peu à peu les formes gothiques pour adopter le langage ornemental de la Renaissance italienne, découvert lors des guerres d'Italie. La cheminée, mêlant les deux vocabulaires, donne à voir cette transition en acte. Enfin, dans son état restauré, elle porte aussi la signification d'un XIXe siècle épris de son passé national, qui recréa le Moyen Âge et la Renaissance autant qu'il les restaura.

Contexte économique, social et religieux

Blois fut l'une des résidences favorites des rois de France à la Renaissance. Louis XII, qui y était né, en fit sa demeure principale et éleva, à partir de 1498, une aile nouvelle en brique et pierre, où le vocabulaire gothique flamboyant commence à s'enrichir de motifs italianisants. Son successeur François Ier ajouta, à partir de 1515, une aile célèbre pour son escalier et sa profusion de décors Renaissance. Les appartements royaux, répartis sur plusieurs niveaux, s'organisaient autour de grandes salles chauffées par de vastes cheminées, cœur de la vie quotidienne de la cour. Les sculpteurs de ces décors, anonymes, travaillaient au service du chantier royal. Au fil des siècles, le château connut des usages divers et une longue dégradation, avant d'être sauvé et restauré au XIXe siècle. C'est l'architecte Félix Duban qui, entre 1843 et 1869, mena cette grande campagne : il recréa une large part de la décoration intérieure des appartements, s'inspirant des sources anciennes pour restituer les emblèmes et les polychromies. Le contexte de la cheminée est donc double : celui de la première Renaissance française, et celui de sa redécouverte et de sa restitution par le XIXe siècle.

Symbolisme & lecture iconographique

Les emblèmes héraldiques qui ornent la cheminée sont chargés de sens. Le porc-épic, emblème de Louis XII, passait pour lancer ses piquants sur ses ennemis, image du roi redoutable à ses adversaires. L'hermine d'Anne de Bretagne, qui préfère mourir que souiller sa robe blanche, symbolisait la pureté et la fidélité, et rappelait l'origine bretonne de la reine ; la cordelière, cordon noué, était son autre emblème personnel. Ces signes, répétés et entrelacés, faisaient du décor une proclamation de l'identité et des vertus du couple royal. La célèbre salamandre couronnée crachant des flammes, que l'on associe souvent à Blois, est l'emblème de François Ier : l'animal réputé vivre dans le feu sans se consumer illustrait la devise royale « Nutrisco et extinguo » — « Je nourris le bon feu et j'éteins le mauvais » —, image d'un prince qui soutient les justes et foudroie les méchants. L'ensemble de ces emblèmes transformait l'architecture en un discours symbolique continu sur la royauté.

Analyse des émotions

Ces grandes cheminées suscitent un sentiment de présence immédiate du passé : on se tient dans les salles mêmes où vécurent Louis XII, Anne de Bretagne, puis François Ier et la cour des Valois. La cheminée, foyer domestique et lieu de chaleur et de conversation, est l'objet le plus humain d'un château, et sa monumentalité, rehaussée de couleurs et d'or, impressionne par son faste. On éprouve devant elle l'émerveillement du décor royal et, en songeant aux restitutions du XIXe siècle, une forme de vertige face à l'histoire recomposée, où l'authentique et le recréé se répondent.

Secrets & mystères

Le grand secret de ces décors est leur degré d'authenticité : lors de la restauration menée entre 1843 et 1869, Félix Duban recréa une large part de la décoration intérieure des appartements royaux et refit plusieurs cheminées « dans le style » de l'époque, en s'appuyant sur les sources anciennes pour restituer emblèmes et polychromie. Les parties authentiquement Renaissance et les restitutions du XIXe siècle se mêlent au point qu'il est souvent difficile, pour un œil non spécialiste, de les distinguer. Cette intervention relève d'une conception de la restauration propre au XIXe siècle, qui n'hésitait pas à compléter et à réinventer. Par ailleurs, Blois fut le théâtre de l'assassinat du duc de Guise, en décembre 1588, dans les appartements d'Henri III, épisode qui attache à ces salles une mémoire dramatique.

Le saviez-vous ?

Le saviez-vous ? La salamandre crachant des flammes que l'on associe à Blois n'est pas l'emblème de Louis XII mais celui de François Ier, son successeur. L'animal, réputé vivre dans le feu sans brûler, illustrait sa devise « Nutrisco et extinguo » : je nourris le bon feu et j'éteins le mauvais — façon de dire que le roi protège les justes et châtie les méchants.

Sources

  1. 1.Les appartements royaux — Château royal de Blois
  2. 2.Salamandre couronnée, détail de cheminée, aile François Ier — Musée d'Orsay
  3. 3.Château royal de Blois, présentation historique — Amis du château de Blois

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